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22 janv. 2013

OVNI : UN NOUVEAU LIVRE DU DR LEIR : "CONTACTS OVNI. LA DERNIERE FRONTIERE" / PAR GILDAS BOURDAIS

 Un nouveau livre du Dr Leir :


Tous ceux qui s’intéressent à la question des enlèvements ont au moins entendu parler du Dr Leir et de ses opérations d’implants, supposés d’origine extraterrestre. Il avait déjà écrit en 1998 un premier livre sur ce sujet controversé, réédité en 2000 et traduit en français en 2003 sous le titre OVNIS et implants. Un chirurgien témoigne (Editions du Mercure Dauphinois) (1). Où en est-il aujourd’hui ? Il répond à cette question dans son nouveau livre, publié chez le même éditeur, qu’il a écrit à la demande même de l’éditrice, Mme Geneviève Dubois, le livre étant publié d’abord en français et traduit par moi au fur et à mesure de son écriture, en liaison étroite avec Roger Leir, qui est un ami.



Dans ce nouveau livre, qui devait paraître fin septembre 2012, Le Dr Leir retrace rapidement sa recherche sur les implants – de minuscules corps étrangers trouvés en diverses parties du corps. C’est une aventure déjà longue, et semée d’embûches, qui a commencé avec une première opération en 1995, en Californie. Puis Roger Leir en vient à ses opérations les plus récentes, principalement les trois dernières, en 2007, 2008, jusqu’à la seizième en avril 2010.
Certains témoins se souviennent partiellement d’avoir été enlevés à bord d’ovnis, éventuellement à l’aide de séances de régression hypnotique pratiquées par sa collègue et amie Yvonne Smith. On découvre que c’est souvent une « histoire de famille », de parents à enfants, ce qui ne surprendra pas les lecteurs déjà familiers de ce sujet.



Préparation pour la seizième opération, d’un implant au poignet droit (16 avril2010)


Le livre comprend, comme le premier, une annexe scientifique importante qui présente en détail une étude réalisée sur l’un de ces implants. On y verra que ces implants présentent des caractéristiques et des propriétés très particulières. Ils sont notamment protégés par une membrane très résistante qui semble empêcher toute réaction inflammatoire. Leur composition chimique est complexe, avec des proportions isotopiques qui les rapprochent plus de matériaux météoritiques que d’origine terrestre. Certains semblent contenir des nanotubes de carbone. Tant qu’ils sont encore dans le corps, certains émettent des ondes radio, très faibles mais sur des fréquences inhabituelles, en Méga et Gigahertz. Tout cela est expliqué en détail dans le livre.

Dans les deux derniers chapitres, on apprend que ces implants semblent intéresser des conseillers scientifiques du président Obama, en particulier pour de futures applications médicales, si l’on arrive un jour à reproduire ces mystérieuses membranes protectrices anti-rejet. Combien de vies humaines pourra-t-on ainsi sauver, se demandent-ils, dans un curieux document divulgué en application de la loi sur la liberté de l’information (FOIA). Ils ont été impressionnés par un exposé du Dr Leir lors d’une conférence de presse à Washington en 2009. On peut d’ailleurs se demander si de telles études ne sont pas déjà engagées dans quelque laboratoire secret, mais dont ils ne sont pas informés…



Le Dr Roger Leir à la conférence de presse de 2009 au National Press Club, à Washington.


Roger Leir revient aussi sur l’affaire de Varginha. J’avais traduit en français son livre sur l’accident supposé d’un ovni à Varginha, au Brésil en 1996, une autre enquête très intéressante qui a été publiée chez le même éditeur en 2004 (2), avant même l’édition américaine. Justement, Roger Leir a pu retourner à Varginha avec ses amis brésiliens, et il fait le point sur l’affaire dans son nouveau livre. Il y a constaté que le mur du secret semble s’y être renforcé…


Pour finir, Roger Leir nous livre quelques idées personnelles, intéressantes, sur la signification possible de ce dossier encore si mystérieux des ovnis : quel progrès a-t-on fait pour la fin du secret et comment cela va-t-il affecter notre avenir ? Quels rapports avec ce qui menace notre survie terrestre, en particulier le réchauffement de la planète, les séismes, les risques nucléaires, que les ovnis semblent surveiller de près…

Que penser de tout cela ? Je ne crois pas que ces données scientifiques suffiront pour convaincre les sceptiques, mais du moins devraient-elles les faire un peu réfléchir, et retenir un peu leurs jugements négatifs. Il en est ainsi de toute l’ufologie depuis plus de soixante ans : les sceptiques n’ont jamais cessé d’en rire, mais la question avance quand même, peu à peu. Notamment sur cette question des enlèvements et des implants grâce à des esprits indépendants et courageux comme Roger Leir, et comme Budd Hopkins, autre pionnier de premier plan, mort en 2011, qui avait aidé Leir et auquel il rend hommage à la fin de son livre.


Roger Leir et Budd Hopkins en Italie en 2005 (G.Bourdais)


Le Dr Roger Leir m’a demandé de lui écrire une préface et je l’ai fait avec plaisir. Je l’ai rencontré pour la première fois en septembre 1999 à la conférence internationale de Leeds, en Grande-Bretagne, à laquelle j’étais invité pour présenter le rapport du Cometa, publié récemment, au mois de juillet. Je commençais alors à être connu hors de France comme auteur et conférencier, notamment pour mes contributions à l’étude de l’affaire de Roswell. Je m’intéressais aussi beaucoup au dossier des enlèvements, et j’étais justement en train de lire son premier livre sur les implants, The Aliens and the Scalpel, paru en 1998. A mon arrivée à la conférence, la première personne je que vis dans le hall d’entrée était le Dr Leir. Je me présentai aussitôt et lui montrai son livre que j’avais dans mon sac :

- Dr Leir, je suis en train de lire votre livre, et je le trouve passionnant !

Il me sourit et nous devînmes aussitôt amis. Il était pour sa part intéressé par le rapport du Cometa, qui avait attiré l’attention dans le monde entier, dès sa parution. Le soir même, l’organisateur de la conférence, le regretté Graham Birdsall, nous plaça à la même table pour le dîner, et nous eûmes une intéressante conversation. Depuis cette date, nous avons eu plusieurs occasions de nous revoir, à l’occasion d’autres conférences : en France où il a été reçu une semaine à Paris, en septembre 2003 ; en Italie, en Irlande, et aux Etats-Unis, à Roswell en 2007. Ainsi, nous avons gardé le contact pendant toutes ces années. J’ai eu l’occasion de prendre sa défense contre des critiques, parfois virulentes sur Internet, et même en France où il s’est fait insulter dans une émission grand public ! C’est souvent ce que l’on récolte dès lors que l’on fait un travail de pionnier : on dérange, et on suscite des réactions de mises en doute et de jalousie.

                                                            _____________________

                                                       Gildas Bourdais, septembre 2012

                                                       Le Blog Ufologique de Gildas Bourdais

(1) Dr Roger K. Leir, Ovnis et implants. Un chirurgien témoigne. Editions Le Mercure Dauphinois, 2003).

(2) Dr Roger K. Leir, Des extraterrestres capturés à Varginha au Brésil. Le nouveau Roswell. Editions Le Mercure Dauphinois, 2004.

20 janv. 2013

OVNI : LE RAPPORT COMETA ET WIKIPEDIA / PAR GILDAS BOURDAIS

                                                    Le Rapport COMETA et Wikipédia


Le Rapport COMETA maltraité sur Wikipédia

L’encyclopédie Wikipédia est une belle réalisation en général, mais qui a un parti pris fortement sceptique sur les ovnis. Il semble que ce soit aussi le cas sur d’autres sujets considérés comme « irrationnels », et dès lors mal vus dans le monde intellectuel et scientifique, mais ne nous engageons pas dans un aussi vaste débat. Ayant pris la défense du rapport du COMETA, intitulé Les OVNI et la Défense. A quoi doit-on se préparer ?, lors de sa publication en juillet 1999, pour répondre à certaines critiques virulentes de sceptiques, j’y ai gardé quelques amis. Or ceux-ci m’ont signalé récemment un article sur Wikipédia présentant leur rapport de manière sceptique et biaisée. L’ayant constaté moi-même, j’ai essayé d’y apporter deux corrections modérées pour rétablir un équilibre, mais elles ont été aussitôt censurées, à trois reprises par une main anonyme. Je me suis alors inscrit à Wikipédia et j’ai demandé de l’aide en expliquant la situation, mais un administrateur m’a juste conseillé de me mettre d’accord avec le censeur anonyme ! J’ai compris qu’il n’y avait pas grand chose à faire dans une telle galère, et je vous propose donc ici mon propre article, s’inspirant de mon livre de 2010 OVNIS. Vers la fin du secret ?.


Couverture de l’édition initiale de 1999



Pour bien comprendre ce blocage sur Wikipédia, voici les deux petites corrections que j’ai tenté, sans succès, d’ajouter à l’article, après quoi je vous invite à lire ici le mien.
J’ajoute que, ayant revisité l’article, j’ai vu qu’il a été élagué mais comporte encore des remarques&nbsp dépréciatives.


Voici mes deux corrections, en gras, retoquées anonymement sur Wikipédia, telles qu’insérées dans le texte de l’article :


1) Tentative de corriger deux citations dépassées, voire erronées:


L'association prétend sensibiliser les pouvoirs publics au phénomène OVNI, et cela alors que le rapport Condon conclut à l'absence de preuves de l'existence d'engins extraterrestres et que le SEPRA assimile les cas ovni à des rentrées de satellites.
Cependant, le SEPRA a été remplacé en 2005, au CNES, par le GEIPAN qui a admis, la même année, un pourcentage de 13 % d'observations inexpliquées (les « PAN D »), et même plus par la suite. Il est aujourd’hui évalué à 22% sur le site du GEIPAN. Cela est expliqué sur le site web du CNES ainsi que par M Yves Sillard, ancien directeur du CNES, et président du comité de pilotage du GEIPAN, dans son introduction au livre collectif qu'il a dirigé: Phénomènes aérospatiaux non identifiés (Le Cherche Midi, 2007).


2) Ma tentative de corriger l’image outrageusement négative donnée dans l’article (en gras):


Quelques personnes privées amateures d'ovni ont envoyé au Président de la République Jacques Chirac et au Premier Ministre Lionel Jospin en 1999 un rapport privé appelé « rapport COMETA » et cela sans qu'aucune demande de leur part n'ait été faite. L'opération médiatique ainsi réalisée a permis de le lancement d'un ouvrage à sensation intitulé Les OVNI et la Défense : À quoi devons-nous nous préparer ? Le 16 juillet, il a fait l'objet d'un hors série du magazine VSD, un tabloïd français. Aucune suite n'a été donnée à ce document et aucune source scientifique secondaire ne cite ce document.
Cependant, le rapport COMETA a été publié, pendant un certain temps, sur le site du GEIPAN, le nouveau service du CNES. Il a eu un grand retentissement à travers le monde et est référencé dans de nombreux livres, sites web et articles, dont celui, déjà cité, d'Yves Sillard. Aux Etats-Unis, il faut citer au moins le livre de Leslie Kean : "UFOs. Generals, pilots and government officials go on the record" (Harmony Books, 2010) dans lequel figure un entretien avec le général Letty.


Mon article sur le Rapport COMETA



Voici maintenant mon article sur le Rapport COMETA, reprenant en partie mon livre de 2010 Ovnis. Vers la fin du secret ?, article que je n’essaie même pas de passer sur Wikipédia.


Un événement inattendu s’est produit en France en 1999. Sans la moindre annonce préalable, paraissait en kiosque le 16 juillet 1999 un rapport de 90 pages sur les ovnis, intitulé Les ovnis et la défense. À quoi doit-on se préparer ? Ce document, publié en pleine période de vacances, était à vrai dire plutôt austère, tant dans sa mise en page que dans son contenu. Signé collectivement par des personnalités de haut niveau, notamment des généraux et des ingénieurs généraux de l’Armement, ce rapport était diffusé, pour des raisons pratiques, en tant que numéro hors série du magazine populaire VSD.
Précisons qu’il est toujours disponible, réédité en livre (en deux versions : Editions du Rocher, et livre de poche J’ai Lu).


Couverture du livre aux Editions du Rocher



En fait, on apprenait qu’il avait été d’abord remis au Président de la République Jacques Chirac et au Premier Ministre Lionel Jospin, quelque temps auparavant. Pour l’essentiel, ce rapport affirmait que les ovnis sont une réalité, qu’ils sont vraisemblablement d’origine extraterrestre, et qu’il faut prendre l’affaire très au sérieux, à tous points de vue. Non seulement en matière de défense nationale, thème principal du dossier, mais plus généralement parce qu’elle intéresse tous les aspects majeurs de notre civilisation : scientifique, historique, philosophique et religieux. L’impact médiatique du sujet n’était pas ignoré, et ces experts habitués au secret militaire recommandaient une certaine prudence gouvernementale en la matière. En revanche, ils mettaient en question très clairement la politique du secret toujours en vigueur aux États-Unis et c’était là, peut-être, le point le plus difficile à faire admettre.


Les auteurs, le COMETA et les liens avec l’IHEDN


L’étude avait été menée pendant trois ans par un groupe indépendant constitué d’anciens auditeurs du très sérieux Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), et d’experts qualifiés dans divers domaines, qui s’étaient réunis dans une association indépendante appelée “COMETA”, ce nom signifiant “Comité d’études avancées”.
Tout d’abord, le rapport était préfacé par deux personnalités importantes : André Lebeau, ancien président du Cnes (Centre national d’études spatiales), l’équivalent français de la NASA, et le général d’armée aérienne Bernard Norlain, ancien directeur de l’IHEDN.

                                            Le général Bernard Norlain, ancien directeur de l’IHEDN




                                                     Le général de l’armée de l’Air Denis Letty

Puis le général Denis Letty, de l’armée de l’Air (lui aussi ancien de l’IHEDN), qui avait présidé les travaux du groupe, présentait quelques uns de ses membres :

– Le général Bruno Lemoine, armée de l’Air (ancien auditeur de l’IHEDN)
– L’amiral Marc Merlo (ancien auditeur de l’IHEDN)
– Michel Algrin, docteur d’état en sciences politiques, avocat (ancien auditeur de l’IHEDN)
– Le général Pierre Bescond, ingénieur en armement (ancien auditeur de l’IHEDN)
– Denis Blancher, commissaire principal de police, ministère de l’Intérieur
– Christian Marchal, ingénieur en chef du corps des Mines, directeur de recherche à l’ONERA (Office national pour l’étude et la recherche aéronautique)
– Le général Alain Orszag, docteur en physique et ingénieur en armements.


Le comité exprimait aussi sa gratitude à des personnalités indépendantes,
dont :
– Jean-Jacques Velasco, responsable du SEPRA au Cnes
– François Louange, président de Fleximage, spécialiste en analyse photographique
– le général Joseph Domange, de l’Armée de l’Air, délégué général de l’Association des Auditeurs de l’IHEDN.


Le général Norlain expliquait ensuite dans sa préface comment était né ce comité. Le général Letty était venu le voir en mars 1995, lorsqu’il était directeur de l’IHEDN, pour discuter d’un projet de comité sur les ovnis. Norlain l’avait assuré de son intérêt pour la question et lui avait recommandé de contacter l’Association des auditeurs de l’IHEDN. Celle-ci lui donna alors son appui pour mettre en œuvre son projet de comité d’études. Il est utile de rappeler ici qu’il y a 20 ans, ce fut un rapport de l’IHEDN qui déboucha sur la création du GEPAN, la première entité d’étude sur les ovnis au Cnes.
Les membres du comité anciens auditeurs de l’IHEDN furent rejoints par d’autres experts. Les uns et les autres occupent ou ont occupé d’importantes fonctions à la défense, dans l’industrie, l’enseignement, la recherche ou diverses administrations centrales. Le général Norlain formulait le vœu que ce rapport aide à développer de nouveaux efforts nationaux, et une coopération internationale indispensable.
On a reproché à ce rapport d’avoir été indûment présenté comme émanant de l’IHEDN, mais si on lit bien le texte, l’indépendance du COMETA y est clairement indiquée.



Le contenu du rapport du COMETA


Le thème principal du rapport, souligné par le général Letty dans son préambule, était que l’accumulation d’observations bien documentées nous oblige à considérer toutes les hypothèses sur l’origine des ovnis, en particulier des origines extraterrestres. Le rapport lui-même s’articulait en trois parties, suivies de quelques annexes.

Une première partie présentait quelques cas remarquables, français et étrangers. Une seconde partie décrivait l’organisation de la recherche actuelle, principalement en France, puis plus brièvement à l’étranger, ainsi que les études conduites par les scientifiques du monde entier, qui pourraient donner des explications partielles en accord avec les lois de la physique connues. Les principales hypothèses étaient ensuite passées en revue, depuis celle d’une confusion avec des engins secrets jusqu’aux manifestations extraterrestres. La troisième partie examinait les mesures à prendre concernant la défense, depuis l’information des pilotes, civils et militaires, jusqu’aux conséquences stratégiques, politiques et religieuses, dans le cas où l’hypothèse extraterrestre se confirmerait.
Voyons, très résumés, les arguments qui étaient présentés.


Partie I : Faits et Témoignages


Le COMETA a mis l’accent, avec raison, sur les témoignages de pilotes, tels que le colonel René Giraud, pilote de Mirage IV qui avait été littéralement pris en chasse par un ovni en 1977.


                                    Mirage IV pris en chasse par un ovni (dessin de Joël Mesnard)



Plusieurs cas étrangers étaient ensuite évoqués, qu’on peut dire très solides en dépit
de certaines polémiques alimentées par les sceptiques tels que l’Américain Philip Klass :


Lakenheath (cas célèbre d’observation radar/visuelle au-dessus d’une base britannique en 1956) ;
RB-47 (autre cas célèbre d’un bombardier suivi par un ovni aux États-Unis en 1957) ; Téhéran (interception d’un ovni en 1976, confirmée par un document secret américain qui a été ensuite déclassifié) ;


Le général iranien Parviz Jafari a confirmé cette interception lors d’une conférence de presse à Washington en 2007


Russie (interception d’ovni en 1990, confirmée par le général d’aviation Igor Maltsev);
San Carlos de Bariloche, Argentine (un avion de ligne empêché d’atterrir par un ovni, en 1995).


Le rapport citait ensuite des observations depuis le sol :
à Tananarive en 1954, gros ovni survolant la ville et éteignant les lumières sur son
passage, effet électromagnétique maintes fois observé au passage d’un ovni ;
observation d’une soucoupe près du sol par un pilote français, Jean-Pierre Fartek, en 1979 ;
observation rapprochée par plusieurs témoins au-dessus de la base de missiles russe de Kapustin Yar, près d’Astrakhan, en 1989.



                                                               Dessin de l’ovni vu à Kapustin Yar



Cette étude de cas se terminait avec quatre observations rapprochées en France, toutes solidement étudiées, notamment par des enquêtes de gendarmerie et du GEPAN:
Valensole (un ovni au sol avec de petits êtres, vus par le cultivateur Maurice Masse, en 1965);

Cussac, dans le Cantal (également un ovni au sol avec de petits êtres, en 1967) ;


Trans-en-Provence (observation célèbre dans le monde entier, avec atterrissage
d’un petit ovni en janvier 1981, laissant une trace circulaire au sol et effets sur les plantes qui furent étudiées par un laboratoire de l’INRA) ;


                           Schéma de l’observation à Trans-en-Provence, selon l’enquête du GEPAN



Nancy (connu sous le nom de l’ “affaire de l’Amarante”, également avec effets sur des plantes, en 1982).



Partie II : Le point des connaissances


La seconde partie, intitulée “Le point des connaissances”, décrivait d’abord l’organisation de la recherche officielle en France, mise en place en commençant par les premières instructions données à la gendarmerie en 1974 pour la rédaction des rapports, puis avec la création du GEPAN, au sein du Cnes, en 1977, lequel a rassemblé au fil des années un ensemble de plus de 3 000 rapports provenant de la gendarmerie, et a procédé à des analyses des cas et des études statistiques.
Nous allons voir plus loin la suite de cette histoire. Disons seulement ici que, après un excellent démarrage et quelques bonnes études de cas, le vent a tourné et son activité a été fortement réduite, ce qui a amené le COMETA à recommander son redéploiement. De fait, c’est bien ce qui a été décidé en 2005, avec la mise en place d’un nouvel organisme, baptisé GEIPAN.



Monsieur Yves Sillard, directeur du Cnes à l’époque de la création du GEPAN. Il préside aujourd’hui le comité d’orientation du GEIPAN.



Le chapitre suivant - “OVNI : hypothèses, essais de modélisation” – évoquait des modèles et hypothèses sur la physique des ovnis, un aspect intéressant particulièrement, on s’en doute, les experts militaires que sont les auteurs du COMETA. Dans le même chapitre, étaient étudiées les “hypothèses globales” susceptibles d’expliquer les observations. Les mystifications sont rares et aisément détectables, estimait le COMETA. Quelques hypothèses jugées non scientifiques étaient mises de côté, comme la conspiration et la manipulation par des groupes puissants et très secrets (allusion aux rumeurs “conspirationnistes” assez répandues aux États-Unis), ou les phénomènes parapsychiques (pris comme hypothèse globale), sans oublier les “hallucinations collectives”, chères aux sceptiques qui veulent tout expliquer sous l’angle socio-psychologique.

L’hypothèse d’armes secrètes (pouvant être prises pour des ovnis) était aussi considérée comme très improbable, de même que celle de manipulations de l’opinion (“l’intoxication” au temps de la guerre froide), ou simplement les phénomènes naturels. Ainsi les auteurs, tel Sherlock Holmes, ayant éliminé toutes les autres hypothèses, il leur restait à envisager les hypothèses extraterrestres.
Pour étayer cette hypothèse des voyageurs extraterrestres, le rapport du COMETA rappelait le scénario de voyage interstellaire développé en France par les astronomes Jean-Claude Ribes et Guy Monnet à partir du concept des “îles spatiales” du physicien américain O’Neill, et qui est compatible avec la physique d’aujourd’hui. Ce scénario imagine d’immenses vaisseaux, construits dans l’espace avec les matériaux abondants de la ceinture des astéroïdes, traversant pendant plusieurs siècles les espaces interstellaires.


La question du secret aux États-Unis


L’un des aspects les plus importants du rapport du COMETA est qu’il a attaqué de front la question du secret aux États-Unis. Dans ce pays, remarquait-il, les médias et les sondages montrent un intérêt du public beaucoup plus marqué qu’en France. Pourtant, la position officielle de l’armée de l’Air reste, soit de nier, soit de dire qu’il n’y a pas de menace pour la sécurité nationale. Nous savons combien cette question lancinante du secret, essentiellement aux États-Unis, est l’un des aspects les plus importants de tout le dossier ovni. C’est pourquoi il est intéressant qu’un comité français, comprenant des experts militaires de haut rang, ait osé l’aborder publiquement. Mais c’est aussi, sans doute, la raison majeure de certaines critiques violentes dont il a été l’objet.


Partie III : Les Ovnis et la défense.


Les auteurs, ici au cœur de leur sujet, estimaient qu’aucune action hostile n’a encore été prouvée, mais qu’en revanche des actions “d’intimidation” ont été enregistrées en France (cas du Mirage IV par exemple). Puisqu’on ne peut exclure l’origine extraterrestre des ovnis,il est donc nécessaire, en déduisaient-ils, d’étudier les conséquences de cette hypothèse au niveau stratégique, mais aussi politique, religieux et médiatique.
Le premier chapitre de cette troisième partie était consacré aux “Prospectives stratégiques” et il s’ouvrait sur des questions fondamentales : « Que faire s’il s’agit d’extra-terrestres ? Quelles intentions et stratégie pouvons-nous déduire de leur comportement ? ». Les motivations possibles de visiteurs extraterrestres étaient supputées, telles que la protection de la planète Terre contre les dangers de la guerre nucléaire, suggérée par les survols répétés d’installations nucléaires militaires, notamment américaines et soviétiques, qui pouvaient être perçus comme des avertissements.
Le COMETA évaluait ensuite le comportement des différents pays, allant de l’inconscience apparente jusqu’à la possibilité de contacts privilégiés, ultrasecrets, qui auraient pu être établis par les États-Unis, expliquant ainsi leur attitude “des plus étrange” depuis la vague de 1947 et l’incident de Roswell. Depuis cette époque, notait le rapport, ce pays a pratiqué “une politique du secret croissant et de désinformation continue” qui pourrait avoir pour objectif la protection à tout prix de la supériorité technologique militaire acquise grâce à l’étude secrète des ovnis !


Puis le rapport s’attaquait à la question : « Quelles mesures devons-nous prendre maintenant ? ». Pour ces experts militaires, quelle que soit la nature des ovnis, ils nous imposent une “vigilance critique”, concernant en particulier les risques de “manipulations déstabilisatrices”. Le rapport employait même l’expression de “vigilance cosmique” des autorités, au plan national et international, afin d’empêcher toute surprise choquante, toute interprétation erronée et toute manipulation hostile.


En conclusion, le COMETA affirmait comme “quasi certaine” la réalité physique des ovnis, sous le contrôle d’êtres intelligents. Une seule hypothèse, affirmait-il, prend en compte les données disponibles : l’hypothèse de visiteurs extraterrestres. Cette hypothèse n’est évidemment pas prouvée, mais elle implique des conséquences très importantes.
Les motivations de ces visiteurs présumés restent inconnues mais doivent devenir un sujet de réflexion et conduire à l’ébauche de scénarios.


L’annexe sur Roswell et la désinformation


Le rapport du COMETA était complété par sept annexes, traitant de divers aspects, dont l’un avait pour titre “L’affaire Roswell – La désinformation”. C’est là que le rapport prenait un tour nettement plus polémique, qui devait inévitablement déclencher certaines réactions, car c’était un véritable pavé dans la “mare ufologique”. En France, en effet, si l’on demande au hasard à quelques personnes ce qu’évoque pour elles le nom de Roswell, on s’entend dire le plus souvent qu’il s’agit du canular d’une soi-disant autopsie d’un extraterrestre. Or le rapport du COMETA, non seulement prenait au sérieux l’affaire de Roswell, mais allait plus loin dans cette annexe, évoquant la possibilité d’une politique américaine de désinformation pour cacher les études secrètes menées depuis 1947, date de la première grande vague d’ovnis et du crash de Roswell. Il relevait les points forts du dossier, et soulignait que l’enquête du Congrès américain (du GAO, General Accounting Office) sur cette affaire, enquête qui avait été menée pendant un an et demi à la demande du député Steven Schiff, du Nouveau-Mexique, car il n’arrivait pas à obtenir la moindre information de l’armée de l’Air sur Roswell, n’avait pu que constater la destruction non motivée d’une grande partie des archives de la base aérienne de Roswell. Des archives exceptionnelles, pourtant, s’agissant de l’unique base de bombardiers atomiques à l’époque ! Le seul commentaire que se permettait le GAO était : « Le débat sur ce qui s’est écrasé à Roswell continue ».
Le COMETA soulignait la coïncidence curieuse entre la divulgation du film de l’autopsie supposée d’un cadavre d’extraterrestre du crash de Roswell, fin juin 1995, et la divulgation du rapport du GAO, fin juillet. Cette quasi simultanéité avait eu pour effet de détourner l’attention médiatique sur ce rapport important, très embarrassant pour l’armée de l’Air, en provoquant un énorme scandale qui allait discréditer durablement l’affaire de Roswell aux yeux du public. Le mieux est de citer les propos exacts du COMETA, mettant le doigt sur cet “amalgame” entre ce film suspect et l’affaire de Roswell : « Son authenticité est douteuse, mais surtout rien dans le film ne prouve que le cadavre ait la moindre relation avec l’incident de Roswell. L’amalgame est pourtant fait dans une grande partie de la presse écrite et télévisée, ridiculisant ainsi l’affaire de Roswell. Les conclusions du GAO et les vidéos des principaux témoins, présentées par TF1, passent inaperçues, noyées au milieu du film de l’autopsie ».

C’était, à mon avis, une analyse courageuse et juste, déjà en 1999, qui garde toute sa pertinence aujourd’hui.

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14 mai 2011

OVNI : ROSWELL - LE FAUX DEBRIS DE 1996 - PAR GILDAS BOURDAIS


Juillet 2010 : Denis Denocla mesure la radioactivité d’un débris au musée de Roswell
Le 20 octobre 2010, Denis Roger Denocla publiait, sur la grande liste nord-américaine « UFO Updates », un message dans lequel il annonçait avoir mesuré la radioactivité d’un débris de l’ovni qui s’était écrasé près de la ville en 1947, débris qui était selon lui exposé au musée. Je le cite, traduit en français : « En juillet 2010, j’ai été invité par Julie Shuster, la directrice du Musée et Centre de recherche sur les ovnis de Roswell. J’y ai fait un exposé sur mes études actuelles. J’ai vu que le Musée de Roswell a un débris de la machine qui s’était écrasée dans le désert près de Roswell en 1947. En vérifiant les analyses qui avaient été faites sur ce débris (souligné en gras par moi), j’ai remarqué que, apparemment, il n’y avait pas eu d’analyse de radioactivité de faite sur lui. J’avais mon compteur Geiger avec moi, et j’ai décidé de faire une mesure ». Denis Denocla observe une légère différence de radioactivité par rapport au milieu ambiant - 18,05 particules /minute, à 10 cm du débris, contre 16, 66 au milieu du musée – et demande si quelqu’un pourrait faire une autre mesure. Il annonce également ces résultats sur son site internet :
Il y dit la même chose, notamment que « Le musée Roswell détient un débris d’un engin qui s’est crashé dans le désert aux alentours de Roswell en 1947. »

Sur la liste UFO Updates, à laquelle participent des spécialistes reconnus de Roswell, tels que Kevin Randle, Stanton Friedman et David Rudiak, un participant à la liste a fait simplement remarquer qu’un faible écart de ce genre est banal. Deux autres participants - dont moi - se sont étonnés : se pouvait-il qu’un vrai débris de l’ovni, « quête du Graal » de tous les enquêteurs depuis trente ans, soit ainsi exposé au musée ? Une telle nouvelle serait une bombe, et pas seulement dans le petit monde de l’ufologie ! Denis Denocla ne nous a pas répondu.
J’étais intrigué, et j’ai posé la question de la radioactivité au Dr Jesse Marcel Jr, que je connais depuis 1997. Il m’a répondu aussitôt que son père, le commandant Marcel, avait bien fait des relevés de radioactivité lorsqu’il avait inspecté le fameux champ de débris du ranch Foster, et qu’il n’y avait rien d’anormal. Cela est précisé, d’ailleurs, dans plusieurs livres, notamment UFO Crash at Roswell, le premier livre de Kevin Randle et Donald Schmitt, publié en 1991 (p 49 de l’édition de poche). Les officiers chargés des bombardiers atomiques savaient mesurer la radioactivité. Marcel, notamment, qui avait dirigé la sécurité des essais atomiques de Bikini l’année précédente, avec les félicitations de toute la hiérarchie ! (voir mon livre Le crash de Roswell) Ainsi, cette « révélation » de Denis Denocla sur la radioactivité d’un débris de Roswell était déjà, pour le moins, très surprenante.

Qu’était donc ce débris ? David Rudiak m’a suggéré une explication, en privé : c’était peut-être le canular d’un curieux débris apporté au musée en mars 1996, qui avait fait du bruit à l’époque mais avait été vite identifié comme un simple déchet d’un atelier de joaillerie, puis qui était resté exposé dans un coin du musée. Je me suis alors souvenu que je l’avais vu, effectivement, dans une vitrine, en juillet 2007. Voici une photo du débris en question, de petite taille (79 x 43 mm selon Michael Hesemann) qui a été publiée à l’époque.

Le débris de joaillerie exposé au Musée de Roswell en 1996.


J’ai rapidement signalé cette piste à Denis Denocla, en lui donnant des références de livres et articles qui ont rapporté cette petite histoire : Beyond Roswell, de Michael Hesemann et Philip Mantle (1997, pages 249 à 251), The Roswell Encyclopedia de Kevin Randle (2000, pages 153 à155), et mes deux derniers livres sur Roswell (2004, pages 433 et 435, 2009, pages 353 et 354). Je lui ai demandé si le fragment montré sur cette photo, d’un aspect très particulier, était bien celui qu’il avait vu au musée, mais il a esquivé ma question à plusieurs reprises. Il a dit avoir « vérifié les analyses qui en avaient été faites », mais la vraie nature du débris semble lui avoir échappé.

J’ai alors pris contact avec la directrice du musée de Roswell, Julie Shuster (qui a pris la succession de son père Walter Haut, décédé), pour avoir son opinion. Dans un message qu’elle m’a adressé 23 novembre, elle m’a confirmé qu’il s’agissait d’un débris de joaillerie, mais elle a ajouté qu’il y aurait d’autres tests à faire : « Quant au test du fragment de joaillerie, je dois clarifier qu’il y a eu seulement un test d’effectué. J’ai appris récemment que 2 ou 3 tests sont nécessaires pour en être certain. Les tests additionnels n’ont pas été faits. » (“As for the actual testing of the jewelry I need to clarify that there was only one test done on it. I have recently learned that 2-3 tests are needed to be certain. The additional tests have not been done.”)

Or, je l’ai vérifié peu après, des tests complémentaires ont bien été faits, et le canular a été complètement démasqué, dès septembre 1996, par le directeur des recherches du musée, Miller Johnson, qui a raconté l’histoire dans un article du Mufon UFO Journal (c’est la revue mensuelle du Mufon - Mutual UFO Network - le plus important groupe ufologique américain).

L’enquête de Miller Johnson, directeur des recherches du Musée de Roswell.

J’ai retrouvé cet article, de plus de quatre pages, paru dans le Mufon UFO Journal de novembre 1996 (dont j’ai la collection complète depuis fin 1990), intitulé « Le débris de Roswell, un déchet de joaillier » (« Roswell débris jeweler’s cast-off »). Miller Johnson y raconte comment des études, faites à la demande du musée dans deux laboratoires réputés, ont révélé que ce matériau n’avait rien d’extraterrestre. Il a été confirmé d’autre part, de plusieurs sources, que c’était un simple débris provenant d’un atelier de joaillerie.

Citons le premier paragraphe de l’article :
« Comme le savent sans nul doute la plupart des lecteurs, un fragment métallique, censé avoir été récupéré sur le site des débris du crash de Roswell, a attiré l’attention du monde entier en mars dernier. Une analyse pour déterminer les éléments qui le composent a été organisée au Bureau des Mines et ressources minérales du Nouveau-Mexique (à Socorro), par Max Littell, du Musée international et centre de recherche. L’analyse par fluorescence aux rayons X (« X ray fluorescence analysis ») a déterminé que le fragment de 1,616 grammes était une combinaison de Cu (cuivre) et de Ag (argent) avec des traces de sodium, d’aluminium, de silicium, de fer, de chrome, de soufre et de chlore. Le Musée ovni de Roswell a alors reçu un second fragment, fourni par la même source. »

Après discussion avec l’auteur du test, Chris McKee, et avec le professeur C. B. Moore (alors en retraite à Socorro) qui y avait assisté, Johnson a recommandé à la direction du Musée une analyse isotopique.

Je saisis ici l’occasion pour corriger une critique injuste de ma part dans mon livre concernant le professeur Charles Moore. J’ai écrit qu’il avait cru identifier une partie d’un train de ballons Mogul, dont il était l’un des partisans, avec son livre à paraître l’année suivante. Or, selon Antonio Huneeus, dans Fate Magazine de juillet 1996, Moore avait dit clairement que ce fragment était « sans rapport avec les cibles radar ni aucun autre équipement utilisé par le NYU Group » (l’équipe de la New York University, dont il faisait partie, chargée de lancer les trains de ballons en 1947 à White Sands). Moore avait seulement indiqué que ce fragment aurait peut-être pu être un composant d’un microphone de bouée acoustique (l’un des instruments de Mogul), mais il ne voyait pas comment un soldat aurait pu le récupérer. L’article de Huneuus, « New Metallic Artifact », a été repris dans le livre The Best of Roswell (Galde Press, 2007, pages 142 et 143). Mais voyons le point important, décisif même, de cette histoire, l’étude des ratios isotopiques.

Lorsque les ratios isotopiques d’un élément sont calculés, on peut les comparer aux ratios courants sur Terre. S’ils s’en écartent de plus de 0,5 à 1 %, on peut les considérer comme une indication positive de possible origine extraterrestre. Celle-ci nécessitait un équipement sophistiqué appelé « spectromètre de masse par ionisation thermique » (« Thermal Ionization Mass Spectrometer », ou TIMS). Miller Johnson a repéré un tel équipement au Laboratoire National de Los Alamos (LANL), au nord du Nouveau-Mexique, et a obtenu qu’une telle analyse y soit réalisée. Faut-il le rappeler, Le laboratoire de Los Alamos est l’un des hauts lieux de la recherche scientifique, notamment militaire, aux Etats-Unis. C’est là que fut conçue la première bombe atomique.

Vue d’ensemble du Laboratoire National de Los Alamos


Après accord signé le 14 juin, l’étude a été réalisée par Larry Callis, chef de l’équipe de spectrométrie de masse, le 1er et le 2 août 1996, avec l’aide de son équipe, sur deux fragments, en présence de Miller Johnson.

Crail Hammond (à droite) et Miller Johnson devant le spectromètre de masse de Los Alamos (photo Larry Callis)


Miller Johnson a reçu les résultats par Fax le 15 août. Celui-ci soulignait que les tests avaient été réalisés avec un appareil (Modèle VG-354, fabriqué par FisonsVg en Grande-Bretagne) utilisé normalement pour des analyses de haute précision de matériaux nucléaires. Citons tout de suite la conclusion de l’étude :
« Ainsi, il apparaît que les ratios isotopiques mesurés sur les deux fragments ne sont pas inhabituels – c'est-à-dire qu’ils sont typiques de valeurs terrestres ».

Résumons les résultats, détaillés par Miller Johnson dans son article. Dans du cuivre ordinaire, on trouve environ 70 % de l’isotope 63 et 30 % d’isotope 65. Plus précisément, le rapport des deux est le « ratio isotopique », 63Cu/65Cu, dont la « valeur acceptée » est de 2,244.
De même, pour l’argent, qui combine normalement les deux isotopes 107 et 109, la valeur acceptée du ratio isotopique 107Ag/109Ag est de 1,0764.
Les valeurs trouvées pour les fragments étaient :
Pour le cuivre : 2,2391 + ou – 0,0022 à 0,0024
Pour l’argent (un seul fragment a pu être étudié par manque de temps) : 1,0764 +ou – 0,0010

La valeur trouvée pour l’argent était parfaitement normale, mais il y avait pour le cuivre une petite variation par rapport à la valeur acceptée, de 0,2 %.
L’étude de Los Alamos commentait ainsi ces résultats :
« Les valeurs publiées indiquent qu’un écart de quelques dixièmes de pour cent sont possibles. Ainsi, pour que les fragments puissent être décrits comme inhabituels, les ratios isotopiques mesurés devraient être bien en dehors des valeurs terrestres possibles, soit différentes d’au moins 0,5 à 1 %. Ce n’est certainement pas le cas du cuivre et de l’argent contenus dans ces fragments ».

Le fragment identifié comme un débris de joaillerie

Ainsi, résume Miller Johnson dans son article, l’analyse isotopique a fourni des valeurs « typiques de valeurs terrestres ». Cependant, il restait un aspect curieux à examiner. Des microphotographies optiques réalisées également à Los Alamos avaient fait apparaître que ces fragments comportaient huit couches très fines, alternées, de cuivre et d’argent, ce qui était inhabituel. Mais cette question a été elle aussi résolue.

Les couches alternées de cuivre et d’argent, révélées par microphoto à Los Alamos


Le 5 septembre 1996, Miller Johnson a eu plusieurs entretiens téléphoniques avec le journaliste John Fleck , de l’Albuquerque Journal, au sujet de ce mystérieux fragment. Fleck lui a dit qu’il était sur une piste, qui a été révélée dès le lendemain en première page du journal. Voici exactement ce qu’en dit Johnson dans son article du Mufon UFO Journal :
« Fleck avait interviewé par téléphone un certain Randy Fullbright, joaillier à Saint George, dans l’Utah. Fullbight lui avait dit que le fragment original était un déchet (« a piece of scrap ») provenant de son studio. Le 7 septembre, j’ai visité la bijouterie James Kallas à Santa Fé pour y photographier des échantillons de bijoux de Fullbright qui y étaient exposés. Pour moi, le mystère des fragments était maintenant résolu à 99%. »
Johnson raconte qu’il a eu trois longues conversations téléphoniques avec M. Fullbright, qui lui a décrit les caractéristiques du débris. Il s’agit d’une ancienne technique japonaise appelé Mokun Gane, et Fullbright lui a posté des échantillons de déchets pour comparaison. Johnson avait maintenant la preuve convaincante, résolvant le puzzle du fragment. Et il écrit : « Le 19 septembre, une réunion matinale avec les officiels du musée a refermé le dossier (« closed the case »). Il a été constaté que le fragment numéro 2 du musée et l’échantillon fourni par le studio de Fullbright coïncidaient (« positive match »).

Miller Johnson conclut ainsi son article : « L’enquête scientifique employée dans cette affaire très commentée, nationalement et internationalement, a renforcé la crédibilité du Musée international et centre de recherche sur les ovnis de Roswell. »
Ce qu’il ne dit pas, c’est que, au cours des mois précédents, le musée avait fait une exploitation commerciale pour le moins imprudente de ce débris, notamment à l’occasion du festival annuel du mois de juillet, qui commençait à prendre de l’ampleur cette année-là, sous l’impulsion de l’avocat Max Littel, administrateur du musée. Ainsi, l’enquête de Johnson venait à point nommé pour redresser la situation… Les livres déjà cités plus haut, et d’autres sources, ont livré quelques détails qui méritent d’être rappelés.

Quelques détails sur le déroulement de l’affaire

Le visiteur du musée qui avait apporté le premier fragment au musée de Roswell, le 24 mars 1996, avait demandé à garder l’anonymat. Il avait raconté à Max Littel que l’objet avait été trouvé par l’un des soldats chargés de nettoyer le site du crash en juillet 1947. Comme le fragment était petit, il avait pu le cacher dans sa poche sans se faire remarquer. Trois jours plus tard, le Roswell Daily Record racontait l’événement en première page, et Little passait à la télévision à Albuquerque.
Le fragment fut acheminé dans les plus brefs délais pour analyse au laboratoire du Bureau des Mines, à Socorro, par Max Littel et le chef de la police de Roswell, Ray Mounts. Incidemment, ceci indique l’intérêt de la ville pour ce débris, qui était peut-être une précieuse découverte. De leur côté, les spécialistes de Roswell tels que Stanton Friedman et Kevin Randle déploraient l’anonymat du témoin, interdisant tout recoupement. Au cours des mois suivants, le musée se livra à une certaine exploitation commerciale du fragment, notamment au festival de juillet, faisant payer les visiteurs pour voir le fragment et vendant des photos de celui-ci ! Selon Littel lui-même, le musée avait encaissé plus de 1 500 Dollars avec la vente des photos (Beyond Roswell, p. 251).

Cette situation n’a pas duré très longtemps. L’article de l’Albuquerque Journal du 6 septembre, déjà cité, révélait non seulement la piste du joaillier Randy Fullbright, mais donnait aussi le nom de la personne qui avait fourni le débris au musée, Blake Larsen, qui avait emporté le débris juste avant d’aller habiter à Roswell. Toujours selon cet article, Fullbright avait averti le musée de l’origine de la pièce métallique lorsqu’il avait vu sa photo dans les journaux, mais on ne l’avait pas écouté !

Une question vient évidement à l’esprit, celle du rôle joué par ce Blake Larsen. Etait-il un mauvais plaisant agissant seul, ou était-il en service commandé ? On ne le sait pas, semble-t-il, encore aujourd’hui.
On peut quand même remarquer que cette petite provocation s’intégrait assez bien dans le débat sur Roswell qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque. En particulier en 1995, avec le trop fameux film de l’autopsie et le gros rapport de mille pages du Pentagone sur les ballons Mogul (The Roswell Report) ; deux ans plus tard avec un nouveau rapport du Pentagone, The Roswell Report. Case Closed, qui a voulu expliquer les témoignages sur les cadavres comme des confusions avec des mannequins en bois pour essais de parachutes. Comme je le raconte en détail dans mon livre sur Roswell, le premier rapport avait été bien accepté dans la presse, mais le second avait plutôt suscité le doute et la perplexité. Cependant, le film de l’autopsie avait fait tellement de ravages en 1995 que le dossier de Roswell a bel et bien été enterré pendant quelques années, malgré les enquêtes déjà approfondies des années précédentes. Ce n’est qu’en 2007 que celles-ci ont été vraiment relancées avec le livre Witness to Roswell, de Tom Carey et Donald Schmitt, qui a révélé des témoignages nouveaux et importants.

Malheureusement, il faut se méfier de certains témoignages douteux, tel celui de ce soldat, apparu récemment, qui dit avoir vu en 1950 un survivant de Roswell, détenu dans un camp militaire en Virginie, dans une petite casemate (cité notamment dans la revue Nexus). Une histoire très suspecte, pour le moins, qui sent fortement la désinformation « amplifiante », selon le principe : lancer une histoire à première vue excitante, mais qui ne va pas faire long feu !
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Copyright G.Bourdais - 30 décembre 2010


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4 avr. 2011

OVNI : NOUVEAUX LIVRES ET NOUVELLES POLEMIQUES - PAR GILDAS BOURDAIS

Ces dernières années, le débat sur les ovnis a continué de plus belle dans les médias. Principalement aux Etats-Unis avec des échos de par le monde, mais aussi avec des prolongements spécifiques pour la francophonie. En 2007 puis en 2010, deux conférences de presse à Washington, très favorables aux ovnis, ont contribué à relancer le débat. D’abord, celle des journalistes Leslie Kean et James Fox, en novembre 2007, puis celle de Robert Hastings en septembre 2010, celle-ci centrée sur la surveillance du nucléaire par les ovnis. Des témoins très crédibles ont remis au devant de la scène la réalité des ovnis, et leur possible origine extraterrestre. En 2010 également, Leslie Kean a publié un livre solide et convaincant, UFOs. Generals, Pilots and Government Officials Go on the Record (“OVNIS. Des généraux, des pilotes et des officiels gouvernementaux témoignent”), reprenant et complétant les témoignages de la conférence de 2007. Un physicien réputé, Michio Kaku, l’a salué en ces termes : « Enfin un livre sérieux et réfléchi sur ce sujet controversé », et il est même resté quelque temps sur la liste des best-sellers du New York Times.

Le livre de Leslie Kean


Ainsi, aux Etats-Unis et dans d’autres pays, la cause des ovnis a fait quelques progrès dans les médias. Cependant, d’autres livres, tels que Mirage Men de Mark Pilkington, et Final Events, de Nick Redfern, sont venus embrouiller de nouveau le dossier ovni aux Etats-Unis. N’en soyons pas surpris : la « bataille des ovnis » continue !

En France, un livre d’un psychologue universitaire, Gilles Fernandez, très sceptique sur Roswell mais aussi sur les ovnis dans leur ensemble, est venu ajouter une note « bien de chez nous » au tableau, avec quelques échos favorables, jusque dans le petit monde ufologique. Ce n’est peut-être qu’un épiphénomène, mais il est nécessaire, malgré tout, d’en parler. En décembre 2010, un autre livre, canadien cette fois, traduit en français sous le titre Le phénomène OVNI. Faits, mythes et désinformation, de John Michael Greer (à ne pas confondre avec le Dr Greer !) est venu renforcer encore le camp des sceptiques. Il faut également en dire un mot, mais commençons par les contributions favorables aux ovnis.


2007 - 2010 : Des actions positives aux Etats-Unis

Le dossier de Roswell a encore progressé

Rappelons d’abord le livre important de Tom Carey et Donald Schmitt, Witness to Roswell, dont j’ai beaucoup parlé dans la dernière édition de mon propre livre, réédité en janvier 2009, sous le titre Le crash de Roswell. Fruit de nombreuses années d’enquêtes discrètes, le livre de Carey et Schmitt a révélé ou confirmé une série de nouveaux témoins qui ont renforcé le scénario du crash, et il a remporté un succès mérité aux Etats-Unis, même dans de grands médias. L’éditeur, qui initialement n’y croyait pas, s’était permis de faire des coupes sombres dans leur manuscrit, m’ont-ils raconté. Devant le succès du livre, il leur a alors réclamé d’urgence une mise à jour ! Ainsi, ils ont pu citer encore d’autres témoins dans la réédition de mai 2009, ce qui m’a amené à améliorer ce scénario du crash, dans mon livre de 2010 OVNIS. Vers la fin du secret ?
Je renvoie aussi aux articles publiés sur mon blog : Ici et ici

A Washington, une importante conférence de presse en novembre 2007

Il faut insister sur la conférence de presse de Leslie Kean et James Fox, tenue en novembre 2007 dans la grande salle du National Press Club à Washington. Présidée par l’ancien gouverneur l’Arizona Fife Symington, elle a réuni quatorze témoins importants. Je l’ai déjà racontée dans mon livre de 2010 OVNIS. Vers la fin du secret ?, mais je crois utile de citer ici, également, quelques-uns de ces témoins, pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore. En voici cinq, parmi les plus solides et les plus connus, dans l’ordre chronologique.

La conférence de presse à Washington le 12 novembre 2007


1976 : Le général iranien Parviz Jafari et son interception d’un ovni
C’est un cas « historique » de confrontation militaire avec un ovni. Le soir du 18 septembre 1976, un ovni était repéré dans la région de Téhéran, et un chasseur reçut l’ordre de décoller pour tenter de l’intercepter. L’avion, un F-4 Phantom II, était l’un des plus modernes de l’époque, dont était équipée l’armée de l’Air de l’Iran, alors allié des Etats-Unis. Or, dès qu’il s’approcha de l’ovni, tous ses instruments et moyens de communication étaient tombèrent en panne, mais il put ensuite rentrer à la base.

Le général iranien Parviz Jafari et Fife Symington


Notre témoin, le Major Parviz Jafari – à présent général à la retraite – reçut l’ordre de décoller à son tour et s’approcha de l’ovni, qui clignotait intensément avec des lumières rouge, verte, orange et bleue. Son radar de bord lui indiquait la cible à environ 40 km, de la taille d’un Boeing 707. Quatre objets s’en sont alors séparés et l’un deux a foncé vers lui. S’estimant menacé, il a tenté de lancer un missile air-air, mais son armement est tombé en panne. En s’éloignant, il a pu rentrer à la base à son tour, sans dommage. Un autre objet détaché de l’ovni s’est alors posé au sol dans une zone désertique, en émettant une lumière si intense qu’il a éclairé le sol à des kilomètres à la ronde. Le lendemain, Jafari a été entendu par des enquêteurs, dont un colonel américain qui a fait un rapport détaillé, maintenant déclassifié, à la DIA (Defence Intelligence Agency). Celle-ci a transmis à son tour un rapport à la NSA, à la Maison Blanche et à la CIA : tout le monde en a été informé aux Etats-Unis, même le Président !

1980 : Le commandant péruvien Oscar Santa Maria et son interception d’un ovni

Le commandant péruvien Santa Maria


Le 11 avril 1980 au matin, tout le personnel de la base aérienne de La Joya, au Pérou, a pu observer un objet inconnu en vol stationnaire, se trouvant à environ 5 km de là et à quelque 600 m d’altitude. Le commandant Santa Maria reçut l’ordre de décoller pour l’intercepter, lui aussi à bord d’un avion très performant, le Sukhoï SU-22 de fabrication soviétique. Ce témoin est particulièrement intéressant pour le public français car on a pu le voir, interviewé dans le documentaire OVNIS. Quand l’armée enquête, diffusé sur la chaîne Canal Plus en mars 2008.
Santa Maria raconte comment il s’est approché de l’ovni, qui avait la forme classique d’une soucoupe, et lui a tiré tous ses obus de 30 mm, sans effet apparent. L’objet a alors commencé à prendre de l’altitude. Le chasseur péruvien l’a suivi jusqu’à se retrouver à son plafond de 19 000 mètres, où l’ovni semblait l’attendre. Il a pu ainsi l’observer de très près, à moins de cent mètres. L’engin avait environ dix mètres de diamètre, était d’aspect métallique avec un dôme de couleur crème. Il se laissait manifestement regarder sous toutes les coutures (en l’occurrence, il n’y en avait pas !). Puis le chasseur, à court de carburant, a dû rentrer à la base, mais l’ovni est resté en vol stationnaire pendant près de deux heures. Non seulement il grimpait plus vite, et n’avait pas peur de le la mitraille, mais il pouvait rester en l’air beaucoup plus longtemps : il y avait là matière à réflexion…

1986 : John Callahan, enquêteur de la FAA, et l’observation d’un ovni géant par un avion de Japan Air Lines

Voici un témoignage d’un autre genre, mais tout aussi intéressant. C’est celui d’un ancien responsable de la Division Accidents, Evaluations et Enquêtes de la FAA (Administration Fédérale de l’Aviation) John J. Callahan, qui a confirmé comment on avait caché au public, en 1986, l’observation d’un ovni gigantesque par l’équipage d’un Boeing 747 de Japan Airlines (JAL). Le 18 novembre 1986, l’avion cargo 1628 de JAL volait au dessus de l’Alaska en direction du Japon quand son équipage, commandé par le capitaine Kenju Terauchi, pilote très expérimenté, a d’abord remarqué la présence de deux ovnis de forme rectangulaire, d’une taille comparable à celle d’un DC-8, qui semblaient accompagner leur avion. Après avoir exécuté quelques manœuvres, les deux ovnis se sont éloignés rapidement. L’équipage a alors découvert, sur écran radar puis visuellement, qu’ils avaient rejoint un autre ovni, cette fois de taille gigantesque ! Lors du « debriefing » qui a suivi à Anchorage, Kenju Terauchi l’a même comparé à … deux porte-avions. L’équipage, passablement secoué par cette confrontation impressionnante, a été cuisiné par la FAA et deux agents spéciaux. L’un d’eux, James Derry, a précisé par la suite que le réseau de surveillance radar du NORAD avait bien suivi l’avion et l’ovni. Malgré la consigne de silence sur l’incident, l’équipage en a parlé publiquement un mois plus tard, ce qui a amené la FAA à rouvrir l’enquête. C’est là que se place le témoignage de John Callahan. Il a révélé qu’il avait participé à une réunion à Washington, à laquelle participaient également le FBI, la CIA et même une équipe scientifique du Président Reagan. On sait, incidemment, que celui-ci s’intéressait beaucoup aux ovnis, en ayant observé un lui-même. A cette réunion, des rapports d’enquête, des enregistrements radar et radio ont été fournis, puis la CIA a tout confisqué et a intimé l’ordre aux autres participants de faire silence sur cette affaire, expliquant que “cela effraierait le public”. Mais Callahan avait gardé une copie des bandes audio et vidéo, qu’il a montrées à la conférence de presse de 2007. Une illustration flagrante, non seulement de la présence d’ovnis, et même pour certains de taille gigantesque, mais du maintien du secret à ce sujet. C’était peut-être justifié…

John Callahan, enquêteur de la FAA, face aux journalistes


1989-1990 : Le général Wilfrid de Brouwer et la vague de “triangles” » en Belgique
A la conférence de Washington, le général Wilfried de Brouwer a pleinement confirmé la réalité de la vague d’ovnis, de forme souvent triangulaire, observés en 1998 et 1990 au dessus de la Belgique. A l’époque, il était en première ligne, colonel et chef adjoint de l’armée de l’Air belge. Il avait tenu une conférence de presse du 11 juillet 1990 qui avait fait grand bruit, au cours de laquelle il avait confirmé le décollage d’intercepteurs F-16 dans la nuit des 30 et 31 mars 1990. Il avait même montré des images enregistrées des écrans radar des avions. Des ovnis avaient bel et bien été repérés, mais les tentatives d’interception avaient échoué. Une fois de plus !

1997 : Fife Symington et l’observation d’un ovni géant au dessus de Phœnix, en Arizona
Le dernier des cinq témoins cités ici n’est pas le moindre : il s’agit de l’ancien gouverneur de l’Arizona Fife Symington, qui présidait justement la conférence de presse de 2007. En 1997, il avait nié publiquement que la ville de Phœnix, où il résidait, ait été survolée par un très grand ovni, le soir du 13 mars 1997, contrairement à ce qu’avaient affirmé de nombreux témoins. Or, il est revenu complètement sur ses dénégations de l’époque, a même avoué qu’il en avait été témoin lui aussi, et a présenté ses excuses ! A l’époque, il avait jugé que son devoir de gouverneur de l’état était de calmer la tension qui montait dans les médias.

L’ancien gouverneur Fife Symington

Il y avait eu en fait deux observations, l’une vers vingt heures et l’autre vers vingt-deux heures, chaque fois avec de nombreux témoins. A vingt heures, ils avaient vu passer au dessus de la ville un immense ovni en forme de boomerang, entouré de lumières et silencieux. C’est cette première observation qui a été confirmée par Symington. Puis, deux heures plus tard, on avait observé une série de lumières qui s’étaient allumées les unes après les autres, au loin, au dessus de la montagne à l’horizon. Cette seconde observation, pour laquelle on dispose de plusieurs vidéos, reste controversée, l’armée de l’Air ayant affirmé qu’il s’agissait d’un exercice d’allumage de fusées éclairantes (flares). Cette explication a été contestée car ces lumières étaient bien alignées, mais des experts indépendants, tel le physicien Bruce Maccabee, l’ont estimée plausible. Bien entendu, les sceptiques ont fait l’amalgame entre les deux observations et ont tout écarté en bloc. On peut se demander si un tel exercice de fusées éclairantes, potentiellement dangereux à proximité d’une grande ville, n’était pas, tout simplement, une manœuvre de diversion.

La déclaration internationale au gouvernement américain
La conférence de presse de 2007 s’est terminée avec la présentation d’une déclaration internationale au gouvernement américain, signée par dix-neuf personnalités, américaines et étrangères, affirmant la réalité des ovnis et appelant le gouvernement à se joindre aux efforts déjà lancés dans de nombreux autres pays, pour informer le public et le monde scientifique, et pour percer le mystère des ovnis. La déclaration se terminait par un “appel à l’action” (Call-to-Action) dont voici un extrait significatif :
« Nous, les soussignés, demandons aux Etats-Unis de se joindre à une coopération avec les gouvernements qui, reconnaissant la réalité des objets volants non-identifiés et les risques entraînés pour la sécurité aérienne, ont déjà mis en pace leurs propres services d’enquêtes. Nous proposons que les Etats-Unis reprennent l’effort de recherche de l’ancien “Projet Livre Bleu”, ou que l’Administration Nationale de l’Aéronautique et de l’Espace (NASA) initie un tel effort de recherche, pour répondre aux soucis exposés ici, fournir les assurances nécessaires, et accroître la connaissance scientifique. »
Parmi les dix-neuf signataires, figuraient des personnalités civiles et militaires qui, n’étant plus en activité, jouissaient d’une certaine liberté de parole. Citons quelques noms, dont trois Français, qui donnaient un certain poids à cette déclaration :
Général Vasily Alexeyev, de l’armée de l’Air de russe
Général Ricardo Bermudez, de l’armée de l’Air du chilienne
John Callahan, ancien chef de la Division accidents, évaluations et enquêtes - auprès de de la FAA aux Etats-Unis
Général Wilfried de Brouwer, de l’armée de l’Air de belge
Richard Haines, Ph.D, ancien responsable à la NASA
Colonel Charles Halt, de l’armée de l’Air américaine
Général Parviz Jafari, de l’armée de l’Air iranienne
Général Denis Letty, de l’armée de l’Air française, et président de l’association COMETA
Nick Pope, du ministère de la Défense britannique (1985-2006)
Jean-Claude Ribes, astronome au CNRS (1963-1998)
Yves Sillard, ancien Directeur Général du CNES, président du comité directeur du GEIPAN, France
Fife Symington, ancien gouverneur de l’Arizona (1991-1997.


Le livre important de Leslie Kean, publié en août 2010

La conférence de presse de 2007 a eu une suite importante, le livre de Leslie Kean, UFOs. Generals, Pilots and Government Officials Go on the Record, (“OVNIS. Des généraux, des pilotes et des officiels gouvernementaux témoignent”), publié le 10 août 2010 aux Etats-Unis. Les témoins de la conférence y figurent, bien entendu, et ils sont rejoints par d’autres témoins tout aussi solides et remarquables. La somme de ces témoignages ainsi rassemblés constitue un document particulièrement solide et convaincant sur la réalité des ovnis.
Le livre s’ouvre sur une préface élogieuse de John Podesta, personnage politique connu et respecté qui collaboré avec les président Clinton et Obama. Podesta est connu également dans l’ufologie américaine, pour avoir notamment soutenu les actions de Leslie Kean et de son organisation, la « Coalition pour la liberté de l’information » (The Coalition for Freedom of Information). Elle a ainsi obtenu gain de cause en justice pour obliger la NASA à rendre publics les documents relatifs au crash d’un mystérieux engin à Kecksburg en 1965, soupçonné d’être un satellite soviétique, ce que les documents NASA n’ont pas du tout confirmé, de sorte que l’hypothèse ovni reste ouverte. Podesta approuve le plaidoyer qu’elle fait à la fin du livre pour la mise en place d’un nouveau service officiel d’étude des ovnis, qui pourrait collaborer avec d’autres organismes analogues à l’étranger, tels que le Geipan français.

Leslie Kean ne se prononce pas sur la nature extraterrestre, ou autre, des ces mystérieux ovnis, et elle laisse aussi de côté des aspects difficiles comme la question du secret, ou celle des enlèvements, dont nous savons pourtant qu’elle très au courant. C’est une démarche tactique, sans doute judicieuse, pour mieux se faire entendre dans le public et les grands médias. Les réactions depuis la parution, avec de nombreuses invitations à des radios et télévisions, donnent à penser qu’elle y a bien réussi.
Cependant, plusieurs témoins importants cités dans le livre ne se privent pas de mettre en avant l’hypothèse de leur origine extraterrestre, tout en reconnaissant qu’elle n’est pas encore prouvée de manière irréfutable. Mais cela invite bien le lecteur à la prendre très au sérieux. En voici quelques exemples.
Commençons par le général Denis Letty, bien connu en France pour avoir dirigé les travaux du COMETA, dont le rapport paru en 1999 avait fortement impressionné Leslie Kean, et est à l’origine de ses dix années d’enquêtes sur les ovnis, comme elle le raconte dans son livre.
Le général Letty a reçu Leslie Kean et James Fox, chez lui en 2008, et leur a confirmé la position du groupe : « Le rapport COMETA montre, sans détours, que l’hypothèse extraterrestre est l’explication la plus rationnelle bien que, évidemment, elle n’ait pas été prouvée » (p. 17).

Le général Denis Letty et Leslie Kean


Monsieur Yves Sillard, ancien Directeur général du CNES et aujourd’hui président du comité d’orientation du GEIPAN, conclut pour sa part :
« Espérons que nos efforts conjoints inspireront les esprits ouverts à considérer l’hypothèse extraterrestre avec le sérieux et la rigueur qu’elle mérite, tant qu’aucune autre interprétation crédible n’aura été formulée » (p. 121).

Yves Sillard, ancien Directeur général du CNES


Le général Wilfrid de Brouwer (voir plus haut), commentant la fameuse vague des ovnis triangulaires en Belgique, en 1989-90, ne veut pas se prononcer catégoriquement sur leur origine mais, ayant écarté celle d’engins de fabrication humaine, en particulier celle d’engins secrets américains, conclut que « la recherche ne devrait pas exclure l’option extraterrestre » (p. 22).

Le général Wilfried de Brouwer

Le général Ricardo Bermudez, qui a créé en 1997 le service officiel d’enquêtes au Chili, rejoint clairement les positions du COMETA : « Personnellement, du mieux que je puisse en juger, je suis en accord avec les positions du rapport COMETA français : il y a une haute probabilité que les ovnis soient d’origine extraterrestre ». Mais il ajoute que « nous devons la soumettre à une analyse scientifique rigoureuse pour arriver à des conclusions viables » (p. 193).

Le général chilien Ricardo Bermudez

Le général José Carlos Pereira, qui a été commandant en chef de l’armée de l’Air brésilienne, dit pratiquement la même chose : « Les preuves montrent que des phénomènes inexpliqués se produisent et cela conduit beaucoup d’entre nous à croire à la présence d’engins alien visitant La Terre ». Mais, ajoute-t-il, nous n’en savons pas assez et il faut que des études scientifiques soient poursuivies (pp. 204, 205).

Le général brésilien José Carlos Pereira

L’ancien gouverneur de L’Arizona Fife Symington (voir plus haut) commente ainsi son observation d’un énorme ovni au dessus de la ville de Phoenix, le 13 mars 1997 : "En tant que pilote et ancien officier de l’Air Force, je peux dire avec certitude que cet appareil ne ressemblait à aucun engin de fabrication humaine que j’aie jamais vu » (p. 262).
Pour conclure, espérons qu’un « bon éditeur » français va faire traduire et de le publier ce livre important.


En septembre 2010, nouvelle conférence de presse, sur les ovnis et le nucléaire

Il faut aussi évoquer une autre conférence de presse, tenue également à Washington en2010, consacrée sur le sujet très « chaud » de la surveillance des armes nucléaires par les ovnis.
C’est une affaire qui a commencé à être mise en avant il y a déjà longtemps, dans les années 70, grâce à des docments militaires déclassifiés à l’époque en application de la loi sur la liberté de l’information (FOIA).
Cette conférence, organisée par Robert Hastings, un spécialiste du sujet très actif et combatif qui a enquêté pendant des années sur le sujet, a réuni un groupe de témoins très crédibles, tous anciens militaires qui ont été en poste sur des bases de lancement de missiles nucléaires. Ce ne sont ni des comploteurs ni des agitateurs, en dépit d’attaques virulentes des sceptiques, comme il se doit pour tout sujet qui dérange. En voici simplement la liste, qui commence par Robert Salas que je connais et dont l’honnêteté ne fait pour moi aucun doute :

Robert Salas, à la « X conference » de 2007

Robert Salas, ancien officier de lancement de missiles nucléaires ;
Dwynne Arneson, lieutenant-colonel, officier responsable du Centre de communication ;
Robert Jamison, ancien officier responsable du ciblage des missiles nucléaires ;
Charles Halt, lieutenant-colonel, ancien commandant de base adjoint ;
Jérome Nelson, ancien officier de lancement de missiles nucléaires ;
Patrick Mac Donnough, ancien officier chargé des repérage géodésiques sur les sites de missiles nucléaires ;
Bruce Fenstermacher, ancien officier chargé du lancement de missiles nucléaires.
Signalons aussi le livre de Robert Hastings, UFOs and Nukes (2008, « OVNIS et armes nucléaires ») dans lequel il a rassemblé de nombreux témoignages sur ce sujet si important de la surveillance des armes nucléaires par les ovnis. En France, Jean-Jacques Velasco y a d'ailleurs consacré un chapitre dans son livre Troubles dans le ciel. (nelle édition 2007).

Le livre de Robert Hastings UFOs and Nukes

Une nouvelle vague de publications sceptiques

Ne soyons pas surpris de voir que les actions positives de ces dernières années ont été contrebalancées par des ouvrages sceptiques. Ceux-ci ont donné de nouveau du grain à moudre au scepticisme, encore prédominant dans les grands médias. En voici quelques exemples.

Révélations sensationnelles de Nick Redfern dans son livre Final Events

Nick Redfern est un auteur britannique qui s’était fait une bonne réputation, il y a une dizaine d’années, avec plusieurs livres de qualité sur les ovnis. Puis, émigré aux Etats-Unis, il a « évolué ». Rappelons seulement son livre de 2005, Body Snatchers in the Desert, qui racontait les révélations d’une série d’agents secrets sur le crash de Roswell. Oubliez la soucoupe, avait-il expliqué : mes sources m’ont expliqué qu’il s’agissait en réalité d’une méprise des aviateurs de Roswell qui avaient découvert, non pas un ovni écrasé, mais un engin bizarre, dérivé des ailes volantes allemandes et des ballons Fugo japonais, à bord duquel des chercheurs américains avaient fait de sombres expériences, très secrètes évidemment, d’irradiation en vol de prisonniers, récupérés à la fin de la guerre au camp japonais de Harbin en Mandchourie! Or, ce pays ayant été « libéré » par les Soviétiques en dix jours avec 5 000 chars, les Américains n’y avaient pas mis les pieds, et toute l’histoire était absurde de A à Z. J’ai été l’un de ceux qui l’ont démolie, sur Internet, au cours de l’été, et j’ai même fait un article à la demande du Mufon UFO Journal, paru en novembre 2005, dont on peut lire la version française sur mon blog

Ce magazine, connu en ufologie, a publié en mars 2006 la réplique, furieuse, de Redfern. Incidemment, c’est le même mois qu’a commencé une campagne violente contre moi sur Internet, anonyme mais dont l’auteur a été vite identifié : un journaliste français émigré, lui aussi, aux Etats-Unis… Curieux « hasard ». En juillet 2007, Nick Redfern présentait encore son histoire à dormir debout au festival de Roswell, auquel j’étais également invité comme conférencier. Lors du débat final, questionné par un spectateur, il avait avoué du bout des lèvres que personne ne le soutenait. Mais voilà, dans un nouveau livre, paru en 2010, Redfern révèle à présent qu’il était déjà sur une nouvelle piste : celle des ovnis diaboliques, soutenue notamment par l’organisateur de cette conférence, un certain Guy Malone, aux allures de MIB avec ses lunettes noires. Malone et Redfern étaient visiblement en bons termes à Roswell, et Malone m’avait d’ailleurs mal reçu lors du cocktail offert aux auteurs. Il y avait déjà, en 2007 à Roswell, d’autres partisans de cette école des ovnis diaboliques, tels que Joe Jordan qui s’est penché particulièrement sur les enlèvements – diaboliques, évidemment – (ne pas raconter cela à un enlevé, svp), et le bibliste Michael Heiser, que j’ai rencontré aussi à Roswell. Il était vain d’essayer de discuter avec cet homme plein de certitudes.
Le titre de ce nouveau livre de Nick Redfern annonce un vaste programme : Final Events and the Secret Government Group on Demonic UFOs and the Afterlife (« Événements finaux et le groupe secret gouvernemental sur les ovnis démoniaques et l’après-vie »).



Essayons de résumer les choses. C’est encore toute une série d’agents de services secrets, ou de personnages proches de ceux-ci, qui révèlent progressivement à Redfern qu’un groupe hautement secret, appelé bizarrement « the Collins Elite », composé à la fois de civils et de militaires, a découvert depuis plus de cinquante ans la nature diabolique des ovnis. C’est le secret des secrets, qu’il faut absolument cacher au public pour ne pas provoquer la panique !
Le premier de ces informateurs est un prêtre anglican, Ray Boeche, connu dans l’ufologie américaine. Il n’exclut pas qu’il y ait - aussi – de vrais extraterrestres, mais cette prudence est écartée par les informateurs suivants, qui ne voient plus que des démons. Redfern apprend qu’il y a un grand responsable de tout cela, Jack Parsons, ingénieur et ésotériste, disciple d’Aleister Crowley, qui avait ouvert par mégarde en 1947 une « porte interdimensionnelle » lors d’une dangereuse expérience qui lui avait coûté la vie. C’est par cette porte, ou « portal » qu’aurait pu pénétrer dans notre monde une nuée de démons, avec leurs fausses soucoupes qui déferlèrent peu après aux Etats-Unis ! C’était le « rituel de Babalon » auquel avait participé un autre personnage sulfureux, Ron Hubbard, qui allait créer plus tard l’ « église » de scientologie…
Ce sont ces démons, explique-t-on à Redfern, qui nous trompent en se faisant passer eux-mêmes pour des aliens. Par exemple, le crash de Roswell a droit à une nouvelle explication, que lui raconte Ray Boeche (p. 174) : « … l’accident a peut-être été concocté cosmiquement et alchimiquement dans des régions lointaines, puis placé soigneusement et délibérément sur le terrain désertique du ranch Foster » !

Pourquoi toutes ces mises en scène compliquées ? L’objectif des démons est de s’emparer de nos âmes et de préparer le retour de l’Antéchrist, puis les « événements finaux » : l’Armagedon (la grande bataille finale entre forces du Bien et du mal), l’Apocalypse et la fin des temps, etc. Ainsi, en accueillant avec enthousiasme des bienfaiteurs extraterrestres, nous adorerons en fait des démons ! On reconnaît là les croyances de toute une frange chrétienne fondamentaliste qui a fait un retour en force ces dernières années, principalement aux Etats-Unis.
A un moment, Redfern semble perplexe et se demande s’il ne se fait pas désinformer, comme pour sa précédente histoire des Body Snatchers, mais cette interrogation ne dure pas longtemps. Avec ce triste livre, il se positionne ainsi parmi les auteurs qui font la jonction entre ufologie et fondamentalisme religieux. Faut-il le souligner, un tel livre ne peut qu’apporter de l’eau au moulin des sceptiques rationalistes. Heureusement, il ne semble pas faire beaucoup de bruit, pour le moment. Mais voici un autre livre sceptique de la cuvée 2010, qui a eu plus de succès, semble-t-il.

Le livre de Pilkington Mirage Men

Voici un autre livre, Mirage Men, de Mark Pilkington, paru également au cours de l’été 2010, qui s’en prend aux ovnis, avec beaucoup d’habileté mais sous un autre angle : en gros, les ovnis sont des mensonges, fabriqués habilement dans les ateliers de désinformation militaire pour nous faire croire aux extraterrestres et cacher de vrais secrets ! Le titre complet du livre donne le ton : Mirage Men. A Journey in Disinformation, Paranoia and UFOs (“Les hommes du mirage. Un voyage dans la désinformaion, la paranoïa et les ovnis »).


Son auteur, Mark Pilkington, est un journaliste et auteur britannique, qui a fait une enquête aux Etats-Unis avec son ami John Lundberg. Notons, pour situer ces deux hommes, qu’ils sont connus en Grande-Bretagne, et ne s’en cachent d’ailleurs pas, comme circlemakers c’est à dire comme auteurs de faux « cercles de culture ». On sait aussi que Lundberg a des « relations » avec la CIA, et Pilkington se plaint, en s’en moquant, qu’on le soupçonne d’être un agent du MI6. Une chose est sûre : comme Nick Redfern, d’ailleurs, ils s’y connaissent en matière de services secrets et de désinformation. Est-il bien utile de parler d’un tel livre ? Oui, car il est bien écrit, fait état de nombreux contacts et d’une abondante documentation, et semble avoir eu des échos assez favorables dans la grande presse, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
Mark Pilkington reprend dans son livre toutes les idées, dont certaines circulent depuis longtemps, selon lesquelles les ovnis sont en fait un mythe qui a été créé et entretenu depuis 1947, essentiellement par des services militaires américains, pour camoufler toutes sortes d’opérations secrètes. Il faut lui rendre justice, cependant, en signalant qu’il avoue, vers la fin du livre, sa perplexité devant certains faits et témoignages difficiles à expliquer. Mais on peut se demander si ce n’est pas là, de sa part, une dernière « habileté ».
Les sceptiques ont toujours brodé sur les thèmes des méprises avec tout ce qu’on voit dans le ciel, depuis les modestes ballons jusqu’aux planètes telles que Vénus et Jupiter. Un autre thème classique est l’influence des croyances ésotériques, et de la science-fiction. Ces thèmes sont présents ici également, mais l’argument majeur du livre, développé également par certains auteurs septiques plus récemment, est que beaucoup de confusions ont été entretenues, et même favorisées pas de fausses annonces et même de fausses apparitions d’ovnis. Un exemple classique, repris bien entendu par Pilkington, est le discours tenu en 1997 par l’historien de la CIA, Gerald Haines, qui a expliqué que les services secrets avaient discrètement favorisé les confusions avec des avions d’espionnage, comme l’U-2 et le SR-71 Blackbird. Ce discours, aussitôt adopté par la grande presse en 1997, a été encore tenu en 2007 par Haines à un jeune journaliste de France 3 pour l’émission « Pièces à conviction » d’Elise Lucet. Bornons-nous à souligner que l’avion U2, au demeurant d’allure on ne peut plus classique, fit son premier vol en1955 à Groom Lake, à l’abri des regards dans le désert du Nevada, et ne peut donc pas expliquer les observations d’ovnis antérieures. Ni postérieures, d’ailleurs car, construit à seulement cinquante exemplaires, il a été basé surtout en Allemagne et en Turquie pour aller survoler les pays de l’Est. Si l’explication était la bonne, c’est par là qu’auraient dû avoir lieu la plupart des observations d’ovnis, ce qui n’est pas du tout le cas. Mais qu’importe : cette fable peut encore servir !
Pilkington met en avant l’opinion d’un physicien américain, Leon Davidson, qui s’était persuadé, avec d’obscurs arguments, de la justesse de la théorie des faux ovnis mis en scène par les services secrets américains, notamment pour tromper les Russes. Il reprend aussi à son compte l’histoire échafaudée par Jacques Vallée autour d’une lettre écrite en 1952 par l’ingénieur Howard Cross, de l’Institut Battelle, à l’armée de l’Air, dont il avait trouvé une copie qui dormait dans les archives de son patron de l’époque, l’astronome Allen Hynek. L’institut ayant été chargé de faire une étude statistique sur les observations d’ovnis (qui fut bien faite, et publiée plus tard sous le nom de « Rapport 14 » de la commission Livre Bleu), l’ingénieur Cross suggérait que l’on mette en scène, à titre de contrôle, des passages d’avions et autres aéronefs sur une zone choisie pour surveiller les ovnis, et voir s’il y avait beaucoup de méprises. Vallée, qui a donné à cette lettre le nom mystérieux de « mémo de Pentacle », a spéculé que cette idée avait été ensuite appliquée à grande échelle … pour faire croire aux ovnis ! Or, toute l’histoire de la politique militaire américaine a été, et est encore aujourd’hui, tout au contraire, de nier l’existence des ovnis.
Voir à ce sujet mon article sur mon blog, en deux parties : Ici et ici

Comment Pilkington s’y prend-t-il pour « expliquer » la première vague de « soucoupes volantes » de 1947 ? En ressortant les vieilles histoires éculées de soucoupes néo-nazies, et d’ailes volantes Flying Flapjack, dont le prototype ne fit que quelques sauts de puce sur la côte Est. Et en racontant les mésaventures de Kenneth Arnold à Maury Island, où il se serait fait désinformer par un mystérieux « homme en noir ». L’histoire est glauque, en effet, mais un peu courte pour évacuer la vague de 1947, dont la réalité se trouve confirmée par de nombreux documents militaires ou du FBI, déclassifiés depuis des années. L'incident de Maury Island suggère cependant qu’il y avait peut-être déjà des services secrets au courant des ovnis et pratiquant la désinformation à leur sujet. Mais pas pour faire croire aux ovnis !
Sur Roswell, Pilkington flirte notamment avec la théorie de Redfern (que celui-ci a déjà abandonnée, nous l’avons vu) qui supposait que le communiqué de presse visait à faire croire eux soucoupes pour cacher d’horribles expériences d’irradiation en vol ultra secrètes (p. 41). Cet exemple montre comment une fable absurde continue à vivre, même après avoir été abandonnée par son auteur. Il y a un commentaire intéressant, cependant, quand Pilkingon souligne que le colonel Weaver, qui a dirigé l’édition des deux gros rapports du Pentagone sur Roswell, en 1995 et 1997, était un spécialiste de la désinformation, et supérieur hiérarchique de l’agent spécial Richard Doty, dont Pilkington fait dans son livre un personnage de première ligne dans son vaste scénario de désinformation.
Mark Pilkington s’étend longuement sur le rôle, effectivement ambigu, joué pendant des années par Richard Doty. D’abord quand il était en poste comme agent spécial de l’AFOSI sur la base de Kirtland, où il montra à Linda Howe un « briefing pour le Président », censé l’informer sur les secrets ovni. Il s’étend aussi, sans suprise, sur les manœuvres qui firent perdre la raison au pauvre ingénieur Paul Bennewitz. Sur ces histoires complexes, je renvoie le lecteur à mon livre OVNIS. Vers la fin du secret ? Pilkington a rencontré Doty plusieurs fois, avec son ami Lundberg, et en garde l’impression que celui-ci continue à jouer un rôle dans des histoires plus récentes de désinformation amplifiante, telles que le très douteux dossier « SERPO » (voir mon livre également). Il est, pour Pilkington, l’un de ces « hommes du mirage », avec deux autres personnages qu’il a aussi rencontrés : Walter Bosley, un ancien officier qui lui « révèle » le secret des voyages temporels, et le médecin Kit Green, censé faire partie de la fameuse « volière », qui semble lui confirmer la réalité de contacts extraterrestres. Ce sont « …des hommes à divers niveaux de connaissances de l’intérieur, entrainés aux techniques de dissimulation, habiles dans l’art du secret, qui nous racontent des choses allant du bizarre à l’étrange » (p. 287). Cependant, Pilkington admet, à la fin de son livre (p. 306), que Kit Green, en particulier, l’a impressionné et troublé : se pourrait-il qu’il y ait une part de vérité dans certaines de ces histoires ? Concédons que c’est un livre presque sceptique, mais pas totalement…

Encore un livre sceptique,sur le "Phénomène OVNI"

Mentionnons rapidement un autre livre sceptique, canadien cette fois, qui vient d’être traduit et publié en français, en cette fin d’année 2010 : Le phénomène OVNI. Faits, mythes et désinformation, de John Michael Greer (The UFO Phenomenon, 2009. Ne pas confondre cet auteur avec l’enthousiaste Dr Steven Greer !). Espérons qu’il va faire une courte carrière en France car c’est un livre sceptique « en béton ». John Greer nous livre la clé de son analyse à la fin du livre. Selon lui, il n’y a presque aucune chance pour qu’une éventuelle civilisation extraterrestre puisse nous rendre visite. Bien d’autres disent la même chose, mais pas toujours pour les mêmes raisons. Le zététicien Henri Broch, par exemple disait, à la fin de l’émission d’Elise Lucet, déjà citée, que les étoiles sont trop loin, tout simplement. Mais Greer avance un autre argument :
« … les chances que des espèces intelligentes aient eu accès à une réserve suffisante d’énergie concentrée - l’énergie nécessaire à une civilisation industrielle qui aurait progressé jusqu’à développer la technologie du voyage spatial – pour atteindre une autre étoile sont quasi nulles. (souligné par moi). Et l’absence de vaisseaux extraterrestres dans les cieux de la Terre s’explique peut-être ainsi » (p. 330).

Sans même parler d’ovnis, comment peut-il affirmer cela ? En posant les limites du progrès, dans son dernier chapitre « La fin d’un rêve », il explique que, lorsque nous aurons fini de brûler les combustibles fossiles, nous aurons peut-être perdu la bataille de l’énergie. Et, bien sûr, il en va de même pour d’autres civilisations éventuelles. Quel pessimisme ! On peut lui répondre que la réalité des ovnis, et la probable origine extraterrestre d’au moins une partie d’entre eux, nous indique au contraire que d’autres sources d’énergie existent (l’énergie « du vide » ?) et que des civilisations plus avancées que nous savent s’en servir !
On comprend dès lors pourquoi cet auteur s’emploie à mettre en doute tous les aspects du dossier ovni. Les ovnis ne peuvent exister, et il faut donc leur trouver des explications ! Sa thèse principale est qu’ils proviennent de la science-fiction, des croyances ésotériques, et d’un engouement populaire pour ce genre d’histoires qui font rêver. Dès le début, il s’étend longuement sur les écrits ésotériques précédant la vague de soucoupes volantes de 1947. Il cite un exemple parmi cent autres : les communications médiumniques de Mark Probert, à San Diego, avec une « entité extraterrestre, E Yada Da Shi’ite, l’émissaire du Haut Conseil interplanétaire », qui attirèrent l’intérêt d’un cercle d’étudiants mené par le grand occultiste Meade Layne. Ces révélations ésotériques seraient à l’origine « d’une nouvelle mode : celle des intelligences extraterrestres » (p. 38), Ce qui l’amène à conclure ainsi son premier chapitre :
« Sur l’ensemble de la scène spirituelle américaine, on se mit à lever les yeux, attendant de voir dans ciel les signes de cette venue extraordinaire. Bientôt, Kenneth Arnold apercevra neuf appareils étranges au-dessus de la chaîne des montagnes Cascades. Le phénomène des ovnis allait enfin naître ».
Incidemment, Arnold était un homme d'affaires pas du tout porté à l'ésotérisme, mais qu'importe !
C’est ensuite un véritable jeu de massacre auquel se livre John Greer, reprenant tout le fonds des arguments sceptiques mais passant sous silence les aspects qui le gênent. Par exemple, les documents militaires et du FBI, dont bon nombre ont été déclassifiés depuis des années, qui prouvent, dès 1947, la réalité des ovnis. Il évoque bien la commission « Livre Bleu » mais ne cite même pas le nom du capitaine Ruppelt. Il est prolixe, en revanche, sur les « contactés » de l’époque, comme Dorothy Martin et ses « enseignants extraterrestres natifs de la planète Clairon » (Clarion), qui l’avaient avertie en 1954 : « la moitié Est des Etats-Unis allait être détruite par des marées gigantesques le 21 décembre ». Remarquons au passage d’une annonce de ce genre a été faite de nouveau, récemment, par un « contacté » français !
La désinvolture de John Greer atteint son comble sur des dossiers encore controversés, tels que les enlèvements (des fabulations) ou les mutilations de bétail (fortement exagérées), sur le crash de Roswell, expédié en une demi-page. Le Major Marcel y est rétrogradé au rang de sergent-major, et le général Ramey, qui commandait la région aérienne à Fort Worth, se retrouve « commandant des opérations à Roswell Field » (p. 44) !
John Greer s’intéresse aussi à l’idée, décidément assez répandue, que certaines agences ont favorisé la croyance aux ovnis pour cacher des opérations secrètes. Ainsi, il croit possible que la vague de 1947 ait eu pour origine un programme russe de ballons de reconnaissance, un projet inspiré par les ballons incendiaires Fugo des Japonais. Et il en tire argument pour le crash de Roswell : « Cela pourrait expliquer pourquoi les autorités américaines ont rapidement récupéré ce qui s’est écrasé à Roswell pour l’amener à Wright Field ». Ainsi, le communiqué de Roswell n’aurait été qu’une opération de camouflage d’un ballon russe ! C’est quand même mieux, n’est-ce pas, que le train de ballons « Mogul » et ses ridicules petits ballons météo.
Autre exemple : Greer soutient encore l’idée que l’affaire de Rendlesham – l’observation d’un ovni au sol, en décembre 1980 en Angleterre, avec plusieurs témoins militaires solides, tels que le colonel Halt et le sergent Penniston (présents dans le livre de Leslie Kean)– n’aurait été en fait qu’un atterrissage d’urgence d’un prototype secret près de la base amériaine de Woodbridge. Ainsi, la « mythologie des ovnis », explique Greer, « fournissait une couverture idéale pour mettre les Soviétiques sur une mauvaise piste »! Incidemment, Jacques Vallée a déjà joué avec une idée du même genre. Sur l'affaire de Rendlesham, je renvoie à mon article Rendlesham et le risque de désinformation


En France, encore un livre sceptique sur Roswell.

Beaucoup d’ufologues convaincus de la réalité des ovnis – quelle que soit leur nature - restent sceptiques sur la possibilité d’un événement aussi étrange, incongru, qu’un accident d’ovni. Ils pourraient donc être séduits par le livre Gilles Fernandez Roswell : Rencontres du premier mythe, totalement sceptique sur le crash de Roswell. Sa diffusion risque d’être assez faible, cependant, car on ne peut se le procurer que sur Internet. Je connais un peu les arguments de cet universitaire car il m’a critiqué l’année dernière, avec virulence, sur mon blog, au point que j’ai dû finalement refuser ses messages. Messages anonymes, d’ailleurs, qu’il signait seulement de ses initiales.
Gilles Fernandez soutient, après bien d’autres, l’explication militaire d’un train de ballons « Mogul ». Je dois admettre qu’il a creusé la question, mais pas assez ! J’ai essayé lui montrer qu’il faisait des erreurs, mais cela n’a fait qu’augmenter sa colère. Il se trouve que je connais bien la discussion sur Mogul, à laquelle j’ai participé avec les spécialistes américains, comme Kevin Randle, David Rudiak et Brad Sparks. Pour moi, le débat était clos depuis 2005 environ. Je l’avais exposé dans mon livre de 2004, mais je l’avais fortement réduit dans l’édition de 2009. J’ai donc refait un exposé détaillé, que l’on peut lire sur mon blog, sous le titre « L’imposture des ballons Mogul » :


On peut faire plus court, en achetant une baguette de balsa, de 8 mm de section comme celles sur lesquelles étaient montées les fragiles cibles radar censées avoir été trouvées par le commandant Marcel et le capitaine Cavitt, et la casser avec la plus grande facilité entre ses doigts. On saisit immédiatement le ridicule de l’explication « Mogul » !

Reconstitution d’un lancer de ballon « Mogul », avec ballons météo et cibles radar


Depuis que le livre de Fernandez est paru, quelques critiques élogieuses ont été publiées, notamment dans la revue Ufomania, avec un article de Didier Gomez intitulé « Roswell démystifié ». Je suppose que le livre de Fernandez y est bien résumé, sur deux pages et, s’ajoutant au débat sur Mogul, cela m’en dit assez sur ce livre et m'en épargne la lecture. Si j'en crois l'article, tout y est déformé, caricaturé ou simplement erroné.
Donnons juste un exemple : Fernandez, cité par Gomez, dit que Stanton Friedman, lorsqu’il rencontre Jesse Marcel en 1978, pense « qu’il a enfin trouvé le témoin idéal d’un crash extraterrestre qui pourrait rouvrir un débat ». La vérité, racontée en 1992 par Friedman dans son livre Crash at Corona, est tout autre. Il était de passage en Louisiane pour y faire une conférence, et c’est presque par hasard qu’un ami de Marcel le lui a signalé. Quand il l’avait appelé au téléphone, il était tombé des nues car il ne savait rien sur Roswell et, en fait, il n’a vraiment commencé à enquêter que six mois plus tard, grâce à son ami Bill Moore qui avait retrouvé des articles de journaux de l’époque.
Et voici l’interprétation de Gilles Fernandez : « Dans la communauté ufologique pro-extraterreste, une énorme fanfare débute » ! En réalité, c’est seulement à la fin des années 80 que les enquêtes ont pris de l’ampleur, avec notamment Kevin Randle et Donald Schmitt. Ceux-ci étaient assez sceptiques au départ, car le premier livre sur Roswell, publié trop vite par Moore et Berlitz en 1980, ne les avait pas convaincus. Ils étaient allés à Roswell pour le compte du CUFOs, pensant déblayer l’affaire en deux ou trois semaines, mais ils furent très surpris de retrouver rapidement des témoins importants, comme le fils du fermier Brazel et les voisins, qui racontèrent tous la même chose. Voilà pour la "fanfare" médiatique.

Pour dire les choses franchement, j’en ai plus qu’assez de ce genre de massacre ufologique. Je fais remarquer que ce Gilles Fernandez est en fait complètement sceptique sur les ovnis.
Cela dit, il y a eu, heureusement, d’autres livres et articles dignes d’intérêt, ces dernières années, mais dont la liste serait un peu longue, et je ne voudrais pas risquer d’en oublier. Cet article se limite donc à quelques livres, dont le livre important de Leslie Kean, que je voulais commenter.
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Gildas bourdais - 25 décembre 2010

Le blog ufologique de Gildas Bourdais