25 mai 2008

OVNI : LA SCIENCE FICTION EST-ELLE A L'ORIGINE DES SOUCOUPES VOLANTES par GILDAS BOURDAIS

Une idée très répandue : la « psychose de l’ovni »

L’idée que la science-fiction aurait engendré la «croyance» aux soucoupes volantes a été souvent avancée par les sceptiques. Elle s’appuie, évidemment, sur l’abondante littérature populaire qui a exploité sans vergogne le thème des envahisseurs extraterrestres, venus à bord de leurs soucoupes.

Elle a été formulée, soit de manière radicale chez les sceptiques purs et durs (« les soucoupes sont nées de la S.-F. »), soit de manière plus nuancée, en laissant éventuellement la porte ouverte à diverses hypothèses, mais qui excluaient généralement une origine extraterrestre. C’est un point commun à toutes ces opinions - Cachez ces « ET » que je ne saurais voir ! – mais n’ouvrons pas ici ce vaste débat sur la nature des ovnis. Contentons-nous d’examiner quelques arguments d’ordre psychologique mis en avant pour les « expliquer ».

Outre l’influence de la science-fiction, les sceptiques ont proposé plusieurs explications « psycho-sociologiques », comme la tension des débuts de la guerre froide, ou la crainte d’un futur angoissant provoquée pas les bombes atomiques. Certains ont supposé qu’il pouvait s’agir d’engins secrets américains, ou soviétiques, comme dans l’observation célèbre de Kenneth Arnold, de neuf « soucoupes » passant devant le mont Rainier (lesquelles n’avaient pas vraiment la forme de soucoupes, fait-on finement remarquer), mais on sait aujourd’hui que de tels appareils n’existaient pas. Cette idée trouve encore quelques rares défenseurs aujourd’hui, mais oublions-là.

Une couverture du magazine américain Imagination. Science-fiction (1955)

L’idée d’une angoisse, peut-être diffuse et encore inconsciente, née des débuts de la guerre froide et de la crainte des armes atomiques, qui aurait suscité des hallucinations collectives, mérite que l’on s’y arrête un moment. Historiquement, la crainte de la guerre nucléaire apparaît déjà chez H.-G. Wells dans son livre The World Set Free paru en 1914, juste avant la première guerre mondiale. Elle est aussi présente, mais rarement, dans l’entre-deux guerres, par exemple dans un roman de Karel Capek, La fabrique d’absolu (1927). On la trouve aussi dans des nouvelles de Robert Heinlein et de Lester del Rey, dès les années 1941, 42. Et nous voici enfin en 1947, « l’année des soucoupes ». Dans le roman Et la foudre et les roses, de Theodore Sturgeon, les Etats-Unis sont ravagés par une guerre nucléaire. On trouve donc, en cherchant bien, ce thème dans la science-fiction de l’époque. Cependant, la peur de la guerre atomique ne prendra de l’importance que dans les années 50, avec l’intensification de la guerre froide et le développement des arsenaux nucléaires. En 1947, les Américains n’ont pas encore lieu de craindre l’arme atomique puisqu’ils vont en détenir le monopole jusqu’en 1949. À ce moment, la guerre froide n’a pas encore vraiment commencé. C’est au début de l’été de 1947 que le président Harry Truman propose le plan Marshall à l’Europe, y compris à l’URSS, et celle-ci ne le refusera qu’à la fin de l’été. Pas de quoi provoquer des hallucinations collectives d’envahissement par des soucoupes soviétiques ! Les Américains, comme les Européens, sont confiants dans l’avenir et surtout occupés à développer rapidement leur économie.

L’autre argument psycho-sociologique qui vient naturellement à l’esprit, c’est la crainte d’un futur inquiétant, et en particulier d’une invasion par de dangereux extraterrestres, courante dans la S.-F., dont l’archétype est le fameux roman La Guerre des mondes d'Herbert G. Wells. C’est sur ce terrain, peut-on penser, que jouerait l’influence de la science-fiction. Mais une telle crainte était-elle si répandue qu’elle puisse provoquer soudainement une hallucination collective massive de visions de soucoupes ? Signalons un sondage d’opinion sur les soucoupes volantes réalisé aux Etats-Unis en août 1947 par l’institut Gallup, un mois après la vague médiatisée de juin-juillet. L’hypothèse de leur origine extraterrestre ne figurait même pas dans la batterie des questions posées ! Elle était dissoute dans une catégorie résiduelle d’autres causes » qui n’obtenait, globalement, que 9 % des suffrages. Là non plus, pas d’hystérie collective sur une invasion extraterrestre, semble-t-il. Il est vrai que ce sondage était bien dans la ligne officielle mise en place dès juillet, pour écarter cette idée dans l’opinion. Ah, ces sondages «scientifiques » et indépendants !

Voici un texte qui est un condensé, caricatural mais typique, de toutes ces idées, paru dans le livre Ze Craignos Monsters. Le retour, de Jean-Pierre Putters (Editions Vent d’Ouest, 1995) en chapeau de son chapitre « L’invasion des extraterrestres » :

« Vers la fin des années quarante (comptez à peu près un bon demi-siècle avant Jacques Pradel…) la psychose de l’ovni s’emparait du Monde. Des soucoupes parcouraient le ciel, Welles terrifiait la population avec son adaptation de La Guerre des Mondes déguisée en flash d’actualité. Mars redevenait le Dieu de la Guerre. Voyez l’image. C’était la panique. Chronique d’une visite annoncée ».

On peut débattre sans fin de tels facteurs, mais il devrait au moins être possible de trancher facilement sur l’influence de la science-fiction. Revenons à ce début d’été 1947, quand se produit la première grande vague historique d’observations de soucoupes volantes aux Etats-Unis. La donnée principale de cette vague elle qu’elle se produisit soudainement et massivement. En quelques jours, la presse locale, puis régionale et finalement nationale, se fit l’écho d’une multitude de témoignages, d’abord dans l’Ouest, puis dans d’autres régions de l’Amérique du Nord, y compris au Canada. Et cela sans que l’on constate le moindre affolement de la population. Il y avait bien eu quelques observations analogues au cours des mois précédents, mais elles étaient en très petit nombre, et nullement médiatisées. Elles ne pouvaient donc avoir provoqué un hypothétique phénomène d’emballement médiatique.

La réalité de cette vague est attestée par des documents militaires de l’époque, dont le plus connu est la lettre du général Twining, alors secrète mais rendue publique en 1969. Le 23 septembre 1947, le général Nathan Twining, patron des services techniques de l’armée de l’Air américaine (et futur chef d’état-major des armées), écrivait une lettre au général George Schulgen, chef adjoint des services renseignement aérien au Pentagone, dans laquelle il confirmait la réalité de ces mystérieuses soucoupes volantes :

  • a) Le phénomène rapporté est quelque chose de réel, qui n’est ni visionnaire ni fictif ;
  • b) Ces objets, ayant probablement la forme d’un disque, sont de dimensions comparables à celles d’un avion de conception humaine. »

Le général Twining évoquait ensuite, notamment, leur vitesse ascensionnelle très élevée, leur manœuvrabilité, particulièrement en tonneau, et certaines « manœuvres d’évasion » lorsque ces objets étaient repérés par les avions et les radars, évoquant la possibilité que certains soient contrôlés, soit manuellement, soit automatiquement ou à distance. Suivait une description précise des mystérieux engins : surface métallique ou réfléchissant la lumière ; absence de traînée, sauf dans quelques rares cas où l’objet semblait opérer dans des conditions de hautes performances ; forme circulaire ou elliptique, avec un fond plat et un dôme sur le dessus ; selon plusieurs rapports, « vols en formation bien tenue », réunissant de trois à neuf objets.

Alors, quel fut le facteur déclencheur de cette vague ? N’est-ce pas, tout simplement, que tous ces témoins virent effectivement ces mystérieuses soucoupes ? Mais posons-nous tout de même la question : est-ce que ces gens lisaient trop de magazines de science-fiction, assez populaires à l’époque ? Il aurait fallu, au moins, qu’ils fussent remplis d’images inquiétantes de soucoupes volantes. Or il n’en était rien, ou presque.

Avant 1947, beaucoup de fusées et peu de soucoupes dans la science-fiction

A l’époque, les bandes dessinées et les films de science-fiction étaient pleins de belles fusées avec des ailerons profilés : en voici deux exemples, de mars et avril 1947, donc juste avant la grande vague des soucoupes de juin-juillet.

Les belles fusées des magazines américains, juste avant l’irruption des « soucoupes volantes », en juin 1947 : couvertures de magazines de mars 1947 et avril 1947

Les belles fusées de Flash Gordon, dessinées par Alex Raymond dans les années 30

On s’intéressait surtout aux fusées et aux perspectives qu’elles ouvraient de conquête de l’espace, comme dans les livres de vulgarisation de Willy Ley : Rockets (1944) et The Coming Age of the Rocket Power (1945). C’est aussi l’époque des premiers essais, à White Sands, de fusées V2 prises aux Allemands à la fin de la guerre. Alors, les soucoupes dans la S.-F. ? Eh bien, elles commencent à apparaître, comme par hasard, au début des années 50, dans la foulée des premières vagues d’ovnis.

Une vraie fusée : la V-2 allemande, testée après la guerre à White Sands, au Nouveau-Mexique (US Army)

Future fusée lunaire selon Willy Ley dans son livre La conquête de l’espace (1949)

Les partisans de la thèse de la S.-F. à l’origine des soucoupes ont fouillé dans les archives de la S.-F. américaine et ont bien trouvé, dans le foisonnement des publications des années 30 et 40, ou même antérieures, des engins volants ressemblant plus ou moins à des soucoupes, dont ils ont fait des sortes d’archétypes dans le subconscient des gens qui se seraient mis soudainement à en voir partout. Ainsi, Michel Meurger, défenseur bien connu de cette théorie, a illustré son article « Qui a inventé les soucoupes volantes ?» (Ciel et Espace, avril 1996, avec Serge Lehman)) avec une image de soucoupe parue en couverture du magazine Science Wonder Stories en 1929 !

Article de Michel Meurger avec couverture de Science Wonder Stories, (novembre 1929).

En y regardant de plus près, on constate une prolifération de modèles différents d’engins spatiaux, dans la science-fiction. Par exemple, dans les bandes dessinées de Brick Bradford (Luc Bradefer, en France), populaires à l’époque, le héros voyageait à bord d’un engin en forme de montgolfière, or personne n’a vu de montgolfière lors de la vague des soucoupes. En revanche, on a aussi observé, en 1947 et au cours des années suivantes, des cigares et des sphères, comme dans la S.-F. Mais, répétons-le, dans celle-ci la forme « soucoupe » est assez marginale, contrairement à la vague de 1947.

Il faut mentionner ici un livre intéressant de Bertrand Méheust, Science-fiction et soucoupes volantes, publié d’abord en 1978 (Mercure de France), qui vient d’être republié en mai 2008 (Terre de brume), avec une nouvelle introduction de l’auteur. Méheust affirme, avec de nombreux exemples à l’appui, que toutes les histoires de soucoupes existaient déjà dans la science-fiction d’avant 1947, y compris les récits d’enlèvements qui sont apparues bien plus tard. Peut-on en conclure, comme beaucoup l’ont fait, que les soucoupes sont nées de la S.-F. ? D’abord, nous venons de voir que la vague de « soucoupes volantes » de 1947, attestée par des documents militaires de l’époque, était bien réelle, et n’avait donc rien à voir avec une quelconque influence de la science-fiction. Cependant, il faut reconnaître qu’un certains nombre de récits de fiction antérieurs à cette vague, ressemblent jusqu’à un certain point, à des récits d’observation d’ovnis apparus depuis lors. On peut admettre qu’il y a là un phénomène troublant. Dans la nouvelle édition, Méheust finit par admettre qu’il y pourrait bien y avoir des cas crédibles d’observations d’ovnis, qu’il surnomme des « choses intentionnelles ». Mais alors, leur ressemblance avec des récits de science-fiction constituent selon lui une énigme, un « puits sans fond ». A cette idée, il me semble possible de faire une objection de fond. Si, comme je le crois avec beaucoup d’autres, il y a une longue histoire de visions et d’apparitions célestes de toutes sortes, et pas seulement dans le domaine des religions – les historiens romains mentionnaient déjà des apparitions d’ovnis - alors il n’est pas surprenant que ces apparitions aient laissé des traces, notamment dans les légendes et le folklore, et de nos jours jusque dans la science-fiction. Méheust est bien conscient de cet argument et il s’emploie à le minorer, mais il n’arrive pas à l’éliminer complètement. Ainsi l’énigme n’est peut-être pas si profonde que cela !

L’histoire la plus célèbre d’envahisseurs extraterrestres, est le roman La guerre des Mondes de Herbert G. Wells, dont l’adaptation radiophonique d’Orson Welles (à ne pas confondre avec Wells) avait provoqué une panique en 1938 (c’est attesté par les titres de journaux de l’époque). Cette histoire mettait en scène des Martiens à bord d’engins tripodes qui n’avaient encore rien à voir avec les soucoupes. Ce n’est que plus tard, avec le film du même nom tourné en 1953, qu’ils vont prendre une forme « soucoupique », qui devient à la mode, à cette époque, dans la science-fiction.

Deux illustrations de La Guerre des mondes :

Amazing Stories de 1927

Affiche du film « modernisé » de 1953

Il y a toujours eu des frictions entre amateurs d’ovnis et amateurs de science-fiction. Stan Barets, spécialiste de la science-fiction, résume ainsi, avec humour, l’incompréhension qui perdure entre les amateurs des deux bords : « Ne parlez pas de soucoupes volantes à un écrivain de S.-F., il vous répondra que lui, il essaie d’écrire des choses sérieuses et intelligentes. Ne parlez pas de science-fiction à un ufologue, il vous répondra que lui, il essaie d’écrire des choses sérieuses et intelligentes. Bref il y a malaise. » (Le science-fictionnaire, tome 2, page 238). En fait, les ufologues aiment bien la science-fiction, mais ce sont eux qui se font traiter de haut par les « science-fictionnaires », toujours soucieux de reconnaissance littéraire. Le résultat est qu’il y a peu de romans de S.-F. « sérieux » mettant en scène ces mystérieux ovnis. En revanche, les magazines populaires, le cinéma, et plus encore la télévision, qui se moquent de la reconnaissance littéraire mais pas du « box-office », ont pillé sans vergogne, pour leur plus grand profit, cette mine d’or qu’était pour eux la thématique des ovnis, accumulée pendant des années par d’obscurs « ufologues » bénévoles. Oui, il y a des gens qui ont gagné beaucoup d’argent avec les ovnis. Parfois des auteurs de livres, mais surtout des producteurs de cinéma et de télévision.

Dans les magazines populaires, les beaux jours de soucoupes commencent dès la fin des années 40, et elles seront encore populaires jusque dans les années 70.

Couvertures de magazines de SF des années 50 : Galaxy, 1951

Imagination, 1957

C’est au début des années 50 que les soucoupes volantes font leur apparition dans le cinéma américain, avec un film The Flying Saucer, bien oublié aujourd’hui.

Affiche du film The Flying Saucer (1950)

Puis le thème se répand rapidement, notamment celui de la soucoupe accidentée ! Celui-ci ne vient pas de l’incident de Roswell, qui ne fit qu’une brève apparition dans la presse des 8 et 9 juillet 1947, mais plutôt le livre à succès de Franck Scully, Behind the Flying saucers , paru en 1950, qui prétendait révéler plusieurs accidents de soucoupes , récupérées par l’armée dans le plus grand secret. Le thème de la soucoupe écrasée est exploité dès l’année suivante au cinéma, avec La chose d’un autre monde (The Thing From Another World), film produit par un cinéaste réputé, Howard Hawks (et tourné par Christian Nyby), en 1951. Des militaires américains découvrent une soucoupe volante accidentée, non pas dans le désert du Nouveau-Mexique, comme dans l’affaire de Roswell, mais enfouie dans les glaces du Groenland. Ils y trouvent un extraterrestre gelé, qu’ils dégèlent joyeusement, mais ce n’était pas une bonne idée car il s’avère être sanguinaire et va semer la terreur dans leur campement. Mauvais début pour les « ET » au cinéma !

Le film La chose d’un autre monde (1951)

En fait, ce thème de l’accident de soucoupe fut discrédité rapidement lorsqu’un journaliste révéla, en 1952, que le livre de Scully reposait sur de fausses informations fournies par un escroc, Silas Newton. Un magazine en fit alors une couverture plutôt drôle et sexy, montrant une pin-up qui sauvait dans ses bras un petit homme vert avec des tentacules ! (Elle ne craignait pas les bactéries ET, comme les chirurgiens masqués dans le trop célèbre film de l’autopsie de 1995). Incidemment, c’est cette illustration ridicule qu’a choisie Pierre Lagrange comme couverture pour la version française du livre de Karl Pflock censé déboulonner Roswell, parue en France en 2007…

Couverture de Startling Stories (juin 1952)

Un autre film célèbre de l’époque, Le jour où la Terre s’arrêta (The Day the Earth Stood Still), réalisé par Robert Wise en 1951, nous conte l’histoire d’un visiteur cosmique pacifiste, Klatoo, d’apparence parfaitement humaine mais épaulé par son fidèle et puissant robot Gort (qui va lui sauver la vie, face à des humains agressifs).

Film Le jour où la Terre s’arrêta (1951)

Klatoo débarque de sa soucoupe sur l’esplanade de Washington pour mettre en garde les Terriens contre les dangers de la Guerre atomique. Mais ce pacifiste se fait menaçant : si nous ne cessons pas nos bêtises, ils reviendront nous éliminer ! Remarquons que cet avertissement est servi en pleine guerre froide et paranoïa mac-carthyste : à bon entendeur, salut. Remarquons au passage que le thème des ovni s et des extraterrestres n’a pas produit que des œuvres négatives, loin de là, au cinéma et à la télévision. Il n’y a pas eu que des aliens terrifiants, il y en a eu aussi qui étaient civilisés et intelligents !

Et voici qu’apparaît l’année suivante, le thème attendu de la guerre contre les extraterrestres, avec la mise en images du célèbre roman de H.-G. Wells, La guerre des mondes, dans lequel les tripodes martiens sont remplacés, opportunément, par des soucoupes volantes (voir plus haut). D’autres films vont suivre, en général de piètre qualité, tels que Les soucoupes volantes attaquent (Earth versus the Flying Saucers) en 1956. Ce film s’inspirait des nombreuses observations de « soucoupes volantes qui continuaient aux Etats-Unis, notamment au dessus de Washington en 1952.

Le film Les soucoupes volantes attaquent (1956)
Toujours dans les années 50, il faut en revanche saluer deux bons films, sortant du lot des films « soucoupistes ». En 1955, Les survivants de l’Infini (This Island Earth) met en scène à la fois de bons extraterrestres et d’horrible monstres, contre lesquels les bons ET mènent un combat désespéré pour sauver leur planète Metaluna.
Films Les survivants de l’infini (1955)

Planète interdite (1956)

Planète interdite (Forbidden Planet) est, en 1956, le premier grand « space opera », en couleurs et cinémascope. Il a bénéficié de gros moyens et les décors de ce monde lointain sont très réussis. Le dépaysement est crédible, peut-être pour la première fois, ainsi que l’évocation d’une ancienne civilisation très avancée, les Krels, qui ont mystérieusement disparu mais dont il reste une immense usine souterraine. C’est elle qui a causé leur perte, découvre-t-on à la fin, car elle avait été conçue pour capter et satisfaire les désirs de ces êtres. Et ils avaient scellé leur destin car la machine avait créé, dès sa mise en service, tous les monstres nés de l’inconscient – Monsters from the Id – qui les détruisirent tous ! Le Dr Morbius, découvrant cette terrible catastrophe et comprenant le danger extrême de cette machine, se résigne à détruire la planète : les humains ne sont assurément pas prêts à jouir d’une telle puissance, et l’on ne peut qu’être d’accord avec lui !

Ainsi, un examen rapide des influences réciproques entre science-fiction et ovnis nous invite à le faire le constat que ce sont essentiellement les ovnis qui ont inspiré la science-fiction, et non l’inverse. Risquons même l’idée, pour terminer, que des « ovnis du passé » ont pu inspirer des histoires plus anciennes, mais c’est un autre sujet, bien plus vaste que la S.-F.. Pour ceux que cela intéresse, j’ai traité le thème dans mon livre Visions célestes. Visions cosmiques, qui retrace l’histoire des visions anciennes. Il comporte aussi, cependant, un chapitre sur la science-fiction, et se termine, naturellement, avec les ovnis.

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Copyright Gildas Bourdais - Version revue Mai 2008

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Pour plus de renseignements : Le Blog Ufologique de Gildas Bourdais

26 avr. 2008

OVNI : LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT NICOLAS SARKOZY

Claude Lavat - Contre-Amiral Gilles Pinon - Jacques Costagliola
Copyright Radio ICI ET MAINTENANT


Le principe de précaution appliqué au phénomène ovnien

Préambule

On ne subit pas l’avenir, on le fait. (Georges Bernanos)
En l’absence même de toute intention hostile, l’intrusion d’une civilisation extraterrestre pourrait porter atteinte à notre environnement compris comme l’ensemble des conditions naturelles, sociales et culturelles constituant le théâtre des activités humaines.

La Charte de l’environnement, qui a valeur constitutionnelle, prévoit que lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution [ ], à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques [ ].

Le phénomène ovnien
Des phénomènes aérospatiaux insolites se montrent régulièrement dans notre espace aérien. On les appelle communément OVNI. Le CNES (Centre national d’études spatiales) préfère leur donner le nom de PAN (phénomène aérospatial non identifié).

Avant que de chercher à leur donner une interprétation, il nous faut reconnaitre une évidence toute simple : ils existent. Certes une grande partie relève de méprises, de fantasmes ou d’hallucinations, mais une part irréductible et significative semble témoigner de lois physiques inconnues et participer d’un principe intelligent.

Ils ont donné naissance à une discipline, l’ufologie, qui comprend deux activités bien distinctes : en premier lieu la collecte des données, en second leur interprétation. Par convention, nous désignerons, dans la suite de cette lettre, par le terme générique « phénomène ovnien » l’ensemble des pans qui, après examen, n’ont reçu aucune explication rationnelle au regard de nos connaissances scientifiques.

Les données
Un groupe d’études émanant du CNES, le GEIPAN (groupe d’études et d’information des phénomènes aérospatiaux non identifiés), a reçu en France la mission officielle de recueillir, d’analyser et d’archiver les données relatives aux pans. Grâce à cet organisme et au travail obstiné d’enquêteurs indépendants, nous disposons aujourd’hui de banques de données comportant plusieurs milliers d’observations. Leur étude statistique met en évidence la complexité et l’incongruité du phénomène qui recouvre des dizaines de types d’évènements, allant du plus banal, simple lumière anormale dans le ciel, au plus surprenant, enregistrement radar d’objets aux performances cinématiques inexplicables. Mais elle fait aussi apparaitre une cohérence interne et des caractéristiques générales, relativement stables et rarement démenties, de réalité physique et de comportement intelligent, non hostile, discret, furtif et brouillé.

L’interprétation

L’interprétation la plus répandue parmi les ufologues soutient que le phénomène ovnien est gouverné par une (ou plusieurs) intelligence non terrestre. Dans cette hypothèse, il faut accepter l’idée qu’il cache un dessein potentiellement hostile, un programme soutenu par une stratégie. Quel est ce programme ? Qui en sont les auteurs ? Quelle est leur stratégie ? Telles sont les questions que nous sommes amenés à nous poser face à une activité inconnue. Partant, l’étude du phénomène ovnien ressortit aux méthodes d’appréciation des situations complexes mettant en jeu des intelligences aux desseins équivoques et des informations rares, sporadiques et brouillées.

Des méthodes hypothéticodéductives, itératives et adaptatives
Quelles sont ces méthodes ? De conception militaire, elles sont apparues durant le dernier conflit mondial, en même temps que la recherche opérationnelle. Elles sont enseignées dans les écoles supérieures de guerre (en France, le Collège interarmées de défense) et sont employées par les états-majors des grandes puissances. Les grandes entreprises, exposées aux contraintes économico-politiques et devant affronter une concurrence où la désinformation est couramment pratiquée, les ont adoptées et adaptées à leurs besoins propres. Cela explique la présence de la métaphore et de la terminologie militaires dans le discours des dirigeants de société.

Ainsi que la recherche opérationnelle, elles ont pour objet de pallier l’insuffisance de l’intuition et du bon sens devant des situations confuses dépendant de paramètres multiples, relevant de facteurs objectifs et soumises à des évènements naturels aléatoires. Mais contrairement à la recherche opérationnelle, elles tiennent compte de l’immixtion d’une intelligence extérieure douée de volonté et capable de brouillage et de comportements arbitraires apparemment irrationnels. Elles sont particulièrement pertinentes en présence de désinformation et dans des conflits asymétriques opposant des adversaires aux logiques différentes, aux éthiques divergentes et aux modes de pensée dissemblables, comme la lutte contre le terrorisme ou, le cas échéant, une intrusion extraterrestre.

De quelle sorte de raisonnement ces méthodes participent-elles ? Elles sont de type hypothéticodéductif. Elles consistent à formuler des présuppositions, préalablement passées au crible des vraisemblances éthique, technique, économique et opérationnelle, dont sont déduites des conséquences, passées et futures, susceptibles d’être vérifiées par l’observation et le renseignement. Si elles trouvent une vérification expérimentale, elles sont validées. Sinon, elles sont soit réfutées soit révisées afin de les rendre compatibles avec l’expérience. Elles sont par construction itératives et adaptatives. Elles astreignent à une pensée formalisée et rigoureuse. Tout bien considéré, elles sont une application assez fidèle de la méthode scientifique de Karl Popper.

Elles s’opposent au processus inductif de pensée qui va du particulier au général, qui prétend à un énoncé général à partir d’un nombre limité d’observations. S’agissant de l’ufologie, la méthode inductive est inappropriée en raison d’une information fortement dépréciée. Elle a malheureusement conduit à deux écueils : d’une part au scepticisme ou au refus de toute tentative d’interprétation car les visages polymorphe et absurde que revêtent les manifestations des pans depuis soixante années ne permettent pas de justifier un énoncé général ; d’autre part, par extrapolations abusives, à l’élaboration d’interprétations hasardeuses et au développement de thèses conspirationnistes.

Une possible intrusion extraterrestre
Si nous écartons a priori l’hypothèse non scientifiquement réfutable d’une intelligence transcendant le monde sensible, il faut bien admettre que nous avons possiblement affaire à une intrusion extraterrestre, c’est-à-dire à la présence non désirée d’êtres intelligents appartenant à une ou plusieurs planètes de la Voie lactée ou d’une autre galaxie.

Pour que les méthodes hypothéticodéductives lui soient applicables, encore faut-il vérifier que ces êtres peuvent raisonnablement faire l’objet de présuppositions. La difficulté vient alors, entre leurs civilisations et la nôtre, des écarts des connaissances et des évolutions : écart certain pour ce qui est des sciences et des technologies ; écart vraisemblable des évolutions biologiques et sociales et des éthiques.

Une nouvelle forme d’incommensurabilité ?
Tout revient à la question de savoir si des êtres intelligents aux niveaux de connaissances inégaux et aux développements psychique et biologique éloignés seraient capables de se comprendre. A cette condition seulement, les présuppositions auront un sens et pourront être admises comme hypothèses heuristiques.

Une position est aujourd’hui en faveur chez certains ufologues qui prétendent, après Carl Sagan, que les différences de connaissance et d’évolution seraient en réalité des obstacles insurmontables rendant impossible notre compréhension, voire notre perception, d’une intrusion.
S’il est vrai que le fossé du langage est à jamais infranchissable entre l’homme et l’animal, il ne serait pas en revanche un empêchement dirimant entre notre civilisation et celles des autres mondes technologiquement, et peut-être psychiquement, supérieurs. En effet l’exobiologie tient pour probable que tous les êtres intelligents de l’univers sont dotés de capacités d’inférence et de gestion du temps et que leurs schémas mentaux sont, selon toute vraisemblance, analogues sinon identiques.

Il vient qu’il est légitime d’appliquer les méthodes hypothéticodéductives au phénomène ovnien et, par conséquent, de chercher à découvrir, au-delà de leurs modes de déplacement dans l’espace, les intentions à notre égard des éventuels intrus.

Présuppositions
Elles doivent porter sur la nature de ces êtres, sur leur libre ou serf arbitre, sur leur organisation sociale et politique, leur éthique collective, leurs intentions et leurs activités. La vie revêt-elle ailleurs des formes radicalement différentes ? Les êtres biologiques extraterrestres doués d’intelligence ont-ils une physiologie semblable à celle de l’homme ? Erigent-ils leurs sociétés en civilisations ? Dans l’hypothèse où certains auraient acquis la maîtrise de l’espace, de quelle organisation sociale et politique se seraient-ils dotés pour atteindre un tel niveau de connaissances ? Quelle serait leur éthique ? Reconnaîtrait-elle une vérité morale ? Quelle stratégie adopteraient-ils vis-à-vis des civilisations visitées ? Au service de quelle mission ? Obéiraient-ils à un principe de précaution ? Quelles procédures d’approche appliqueraient-ils ? Des signes de leur présence seraient-ils perceptibles ?

Désinformation et brouillage
Dès lors que l’on tient pour plausible une intrusion extraterrestre, il convient de s’interroger sur son origine, son mobile et sa dangerosité :

- Sommes-nous en présence d’une seule civilisation ou de plusieurs civilisations opérant de concert ou de manières indépendantes ?
- S’agit-il d’une simple surveillance à distance, d’une intervention ponctuelle ou d’une tentative d’influence ou de prise de contrôle ?
Il est vain d’espérer que d’une démonstration ovnienne ostensible et non brouillée surgiront un jour prochain les réponses à ces graves questions parce que le phénomène est discret, furtif et brouillé et ne semble pas disposé à se dévoiler. Elles ne viendront pas davantage d’une étude reposant sur l’induction car il est de mieux en mieux établi qu’il est depuis son origine l’objet d’opérations de travestissement et de déformation de la vérité :

- la désinformation mise en œuvre par des fabulateurs aux intérêts obscurs et par des agences gouvernementales motivées par l’enjeu stratégique et la nécessité du secret ;
- l’amplification, plus ou moins volontaire, de certains des témoins et enquêteurs ;
- le brouillage et le camouflage par les intrus eux-mêmes.
Désinformation et brouillage sont si présents qu’il devient difficile de faire la part entre la réalité et la fiction, de restituer une information fiable et crédible à partir des seuls récits des témoins.
Les méthodes hypothéticodéductives sont censées lever ces difficultés.

Un risque d’ethnocide planétaire
Quand bien même elle ne montrerait aucune intention hostile, une intrusion extraterrestre présenterait un danger de chaos pouvant conduire à un ethnocide si, par accident, elle se montrait au grand jour sans laisser aucun doute sur son origine. A défaut d’une action psychologique préalable, les hommes pourraient perdre confiance dans leur capacité de maîtriser leur avenir. L’équilibre du monde en serait bouleversé.

Cependant que le génocide est l’extermination d’un groupe ethnique ou religieux, l’ethnocide est la destruction de sa culture. Le chaos n’est pas propre aux systèmes physiques. Des évolutions chaotiques se rencontrent aussi bien dans d’autres systèmes naturels complexes, composés de plusieurs sous-systèmes interagissant fortement. Des événements extérieurs, que les économistes appellent « chocs », pourraient jouer un rôle déterminant dans le déclenchement des involutions irréversibles. Or peut-on concevoir un choc culturel plus violent, plus déstabilisateur, que le contact impromptu avec des êtres extraterrestres qui ont mis la terre sous observation ?
Le risque d’ethnocide ne peut être négligé. Il doit être pris en considération au plus haut niveau de l’État. Là encore, seules les méthodes hypothéticodéductives sont susceptibles d’apporter une aide précieuse à la décision.

Compte tenu des réflexions d’ordre général qui précèdent et considérant

▪ que la France s’est dotée d’un organe officiel de collecte et d’analyse des données des pans, le GEIPAN,
▪ que le GEIPAN et son comité de pilotage n’ont pas reçu pour mission d’interpréter le phénomène ovnien,
▪ que, seraient-ils chargés de cette mission, ils ne détiendraient pour la mener à bien ni la compétence ni les moyens ni la méthode,
▪ que le phénomène ovnien est possiblement la manifestation de l’intrusion d’une ou de plusieurs civilisations extraterrestres,
▪ que, si l’intrusion n’est pas prouvée scientifiquement, il existe en sa faveur de fortes présomptions, comme l’a écrit en son nom propre dans un livre récent M. Yves Sillard, président du comité de pilotage du GEIPAN, ancien directeur général du CNES et ancien délégué général pour l’armement,
▪ qu’une intrusion extraterrestre procède nécessairement d’une politique respectant une éthique et implique un programme servi par une stratégie,
▪ qu’une stratégie relevant d’une intelligence étrangère aux motifs incertains pourrait porter atteinte à notre environnement compris comme l’ensemble des conditions naturelles, sociales et culturelles constituant le théâtre des activités humaines,
▪ qu’elle doit donc faire l’objet, selon une méthode appropriée, d’une étude d’évaluation des risques, notamment le risque ethnocidaire, par application du principe de précaution conformément à l’article 5 de la Charte de l’environnement,
▪ que la seule méthode appropriée face à une menace imprécise est la méthode d’appréciation des situations complexes mise au point par les grands états-majors,
▪ que le phénomène ovnien est une affaire trop grave pour être abandonnée aux seuls GEIPAN, ufologues et associations ufologiques, à la rumeur publique,
▪ que - pour ce que l’on en sait - aucune étude officielle portant sur l’interprétation du phénomène ovnien n’a été conduite à ce jour en France,
▪ qu’à la suite de la publication du rapport Condon, une telle étude a vraisemblablement été menée aux États-Unis en toute confidentialité et que ses conclusions suffiraient à expliquer la désinformation que ce pays semble avoir mise en place pour préserver sa situation dominante et, peut-être, écarter le risque ethnocidaire,

les soussignés ont l’honneur de demander à Monsieur le Président de la République de bien vouloir ordonner une étude exhaustive du phénomène ovnien en application d’une méthode hypothéticodéductive empruntée aux états-majors. Cette étude devrait réunir de hautes compétences dans les disciplines directement concernées : politique, militaire, scientifique, sociologique, philosophique et ufologique. Elle recevrait pour objet d’infirmer ou de valider l’interprétation extraterrestre et, le cas échéant, de mettre en évidence la stratégie poursuivie par l’intrusion et, si possible, ses moyens. Ainsi le gouvernement de la France serait-il en mesure de mettre sur pied, à des fins de vérification, des actions spécifiques d’investigation scientifique et de renseignement, puis de construire sa propre stratégie, enfin d’arrêter la politique nationale qu’il conviendrait d’appliquer en matière de défense, de sécurité, de recherche, de santé et de maîtrise de l’information. Il disposerait en outre d’éléments pertinents pour décider de la position à tenir sur la scène internationale et de l’information qu’il serait éventuellement nécessaire de porter à la connaissance des institutions et de l’opinion publique.

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A Versailles, le 14 avril 2008

Gilles Pinon, Contre-amiral (2S)

Jacques Costagliola, Docteur en médecine

Claude Lavat, Ingénieur ESME

Francis Collot, Chirurgien

Alain Labèque, Ingénieur CNRS

Vincent Morin, MCU docteur en électronique

Rémi Saumont, Ancien directeur de recherches à l’INSERM

20 avr. 2008

LIVRES : INTERVIEW DE JOCELYN MORISSON

JOCELYN MORISSON, vous êtes journaliste scientifique et collaborez à des magazines comme le Monde des Religions et Nouvelles Clés. Vous êtes l’auteur également d’ouvrages comme La Voyante et les scientifiques (2005 – Editions Les 3 Orangers), Les Enigmes de L’Etrange (co-signé avec Yves Lignon et Richard D.Nolane – 2005 – Editions First - ressorti récemment chez France Loisirs) et Parapsychologie : Le dossier - les acteurs, la science, la recherche (co-signé avec Yves Lignon – Préface de Stéphane Allix – Postface de Rémy Chauvin – 2007 - Editions Les 3 Orangers). Pouvez-vous nous dire qu’est-ce qui vous prédestinait dans votre parcours personnel ou professionnel à écrire ce type d’ouvrages ?

J.M :
Je ne sais pas si quelque chose me prédestinait à cet intérêt. Je suis de nature curieuse, j’ai une formation en sciences de la vie, puis j’ai bifurqué vers le journalisme. Quand j’étais étudiant j’étais un matérialiste classique, intéressé par les sciences et la philosophie, puis j’ai découvert le phénomène NDE (expériences de mort imminente) par un ouvrage collectif de Iands-France, La Mort Transfigurée. J’ai été convaincu par le sérieux de l’approche, universitaire, pluridisciplinaire, etc. À la même époque j’ai commencé à utiliser internet et j’ai consulté de nombreux sites sur les NDE, OBE, et les états modifiés de conscience en général. J’ai rencontré des témoins, et je suis devenu convaincu qu’il y avait quelque chose de très intéressant à explorer derrière tout ça, sans forcément adhérer immédiatement à l’idée de vie après la mort. Je me suis souvenu avoir vécu des sensations bizarres à l’adolescence, puis je me suis mis à faire un peu de méditation. On ressent assez facilement des choses fortes, des états nouveaux. Les mystères de la conscience et de la nature humaine sont fascinants. Et donc dans la foulée les phénomènes psi m’ont rapidement interpellé, notamment car dans les NDE il y a des aspects télépathie, perception extrasensorielle, etc. J’ai rencontré Yves Lignon à Toulouse et j’en ai appris beaucoup plus sur ces sujets.

Dans votre premier ouvrage La Voyante et les scientifiques, vous abordiez l’étude des phénomènes paranormaux sous un angle inhabituel. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J.M : En fait la voyante de mon livre est un personnage atypique, car elle a accepté pendant de nombreuses années de participer à des expériences scientifiques, avec Yves Lignon, et elle reverse l’essentiel de ses gains à des associations. Il était donc intéressant de retracer son parcours, émaillé de nombreuses observations faites par des scientifiques, des médecins ou autres, et aussi d’anecdotes vérifiables, de prédictions précises, etc. L’enquête montre que la voyance est une réalité scientifique, mais pas une science exacte. Ses mécanismes sont incompris, c’est pourquoi les phénomènes psi pourtant avérés comme la perception extrasensorielle ne sont pas largement reconnus à l’heure actuelle. À mes yeux ces recherches forment un tout avec l’étude de la conscience, les neurosciences, et même la physique, qui fondent de toute façon la biologie. C’est pourquoi dans la deuxième partie du livre je souhaitais aborder les questions posées par les phénomènes psi en général, l’étude d’une « conscience globale », les recherches sur l’inconscient cognitif, les effets de la méditation, etc. J’évoque de nombreux travaux scientifiques sérieux qui pointent vers une conception non strictement matérialiste de la conscience. Mais encore faudrait-il savoir ce qu’est la matière. Cette question-là n’est pas figée.

Quel fût votre réaction à la lecture de Devenez sorciers, devenez savants de Henri Broch et George Charpak (2002 - Editions Odile Jacob) ?

J.M : Je ne perds pas mon temps à lire des textes qui défendent une idéologie au mépris de tout examen des faits. Je me fie aux avis de certains de mes amis sur ce genre de prose. En revanche, j’ai lu avec délectation l’excellente réponse à ce livre qu’a publiée Bertrand Méheust (Devenez savants, découvrez les sorciers). Les gens qui se cramponnent à l’idéologie matérialiste me font de la peine et me font peur à la fois. Ils me semblent aveuglés et c’est dangereux, mais je pense aussi qu’ils ont peur de perdre quelque chose si leur vision du monde s’avérait fausse. Pourtant, la science doit être la quête de la vérité, quelle qu’elle soit. Ils ont peur notamment du « retour des religions », et je les comprends, mais c’est une vision archaïque des choses. La question est bel et bien le post-religieux, la spiritualité non dogmatique, qui émerge aussi bien parmi les athées que chez les croyants classiques. Marcel Gauchet a théorisé la sortie des religions à partir du christianisme, qui a donné du sens à la notion d’individu.

En ce sens, l’individualisme forcené de nos sociétés serait le fruit de la christianisation. Aujourd’hui, il s’agit de dépasser l’individu pour réaliser le lien, naturel, qui unit les individus entre eux et à la nature. Il ne s’agit donc pas de ré-enchanter le monde, mais bien d’aller vers une meilleure compréhension du réel, ce qui est une démarche à la fois scientifique et métaphysique.

Au sein du livre Les Enigmes de L’Etrange, vous avez traité des Templiers, aujourd’hui les mouvements sectaires s’accaparent de plus en plus les symboles de cet ordre ancien, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

J.M : Je ne sais pas si on peut dire cela. L’héritage des Templiers est revendiqué par certains de façon complètement illégitime, en effet, mais la symbolique est celle de l’engagement total au service d’une cause, la foi absolue en une transcendance, qui justifie jusqu’à l’action violente, le secret, etc. Il n’est donc pas étonnant que des mouvements sectaires s’appuient sur cette symbolique templière, mais ça n’a pas de sens aujourd’hui. D’abord toute forme de violence est à proscrire, et je suis contre tous les discours de prétendus « élus ». Comme les Cathares, les Templiers étaient sûrement plus chrétiens que ceux qui les ont jugés, et le cœur de leur message a été perpétué dans la tradition alchimique et certains courants de la franc-maçonnerie. Il faut faire confiance au travail des historiens et ne pas céder à l’irrationnel. La raison doit avoir toute sa place dans une quête spirituelle. Alors que, par définition, elle n’a pas sa place dans les sectes.

Faites-vous partie de ces chercheurs qui pensent que des sociétés secrètes, influencent (positivement ou négativement d’ailleurs), l’évolution de notre monde ?

J.M : Non, mais je ne suis que journaliste et pas chercheur... J’ai écrit sur la théorie du complot dans Les Enigmes de l’étrange. Je ne crois pas à l’influence directe de sociétés secrètes mais la marche du monde telle qu’elle est engagée actuellement peut très bien être comprise comme le fruit d’un « complot » de certaines élites. Mais un complot « à ciel ouvert » et non secret. Le triomphe du cynisme, l’absence totale d’éthique dans l’usage des instruments financiers et économiques, sont désormais une évidence y comprise aux yeux de ceux qui sont acquis à la cause ultralibérale. Et les mêmes s’accorde à voir un système qui court à sa perte, rapidement. On nous promet de plus en plus d’ « émeutes de la faim » qui ressemblent fort à des émeutes de la fin. S’il n’y a pas une prise de conscience globale de la nécessité de repenser les relations entre les hommes, l’humanité va considérablement régresser. La solution ne peut être qu’une question d’éthique, de spiritualité athée ou non. Par ailleurs, je suis bien obligé de préciser que je pense que de grandes manipulations géopolitiques sont possibles, et certaines sont avérées dans l’histoire, conduites par des gouvernements ou des pouvoirs institutionnels. Malheureusement, les cyniques qui sont aux commandes estiment que la fin justifie toujours les moyens, même si la fin elle-même est injustifiable. La justification de la fin est de toute façon une question annexe, puisque la fin est présentée comme allant de soi.

Concernant maintenant l’étude des phénomènes paranormaux, pensez-vous qu’aujourd’hui la France soit en retard sur d’autres pays ?

J.M : Oui elle est en retard au plan de la recherche sur le psi mais la science est internationale et les travaux notamment américains font foi. Ils montrent que les phénomènes psi sont une réalité. La France et l’Europe peuvent contribuer à l’étape suivante, conceptuelle et théorique, pour bâtir des nouveaux modèles qui permettront de comprendre ces phénomènes. À l’heure actuelle, des physiciens travaillent d’arrache-pied sur les paradoxes centenaires de la mécanique quantique et intègrent à leurs réflexions le rôle de la conscience. Il y a un véritable bouillonnement d’où sortira une nouvelle conception de l’homme, de la matière et du réel, qui relativisera la conception précédente comme Einstein a relativisé Newton. Cette révolution est peut-être pour très bientôt.

Comme vous le montrez dans votre livre Parapsychologie : Le dossier - les acteurs, la science, la recherche, ces phénomènes ne se résument pas qu’aux charlatans et aux fraudes. Pensez-vous que nous allons vers une évolution des mentalités par rapport à ce type de phénomènes ?

J.M : Oui, l’évolution des mentalités est largement engagée. De nombreuses personnes vivent des phénomènes psi de toutes natures, du rêve prémonitoire à l’expérience de mort imminente, qui transforme la vie. Les scientifiques sont plus ouverts, car eux aussi ont des expériences, mais le poids des institutions reste important. Il faut des travaux qui répondent aux critères de validité de la science, puis que l’information redescende jusqu'au grand public. Les phénomènes de perception extrasensorielle sont relativement faciles à accepter. C’est plus difficile pour la psychokinèse, l’action sur la matière, ou pour les phénomènes liés à la question de l’autonomie ou de la survie de la conscience. Il y a des blocages forts car c’est une remise en cause de fondamentaux de la science, mais il faut bien garder à l’esprit que nous savons probablement très peu de choses, y compris sur la structure même de l’univers et de la matière. Il suffit d’évoquer la matière noire et l’énergie sombre, ou réciproquement... De plus, tout le savoir direct, immédiat, analogique, de l’intuition à l’expérience mystique, ce savoir renvoie lui aussi sans aucun doute à une réalité « objective ». Tout ce corpus de connaissances n’est pas vide de sens. Je suis convaincu qu’il nous faut conjuguer les deux approches en une raison intuitive, ou une intuition raisonnée, de même que notre cerveau réunit nos deux hémisphères dont l’un (le droit) serait plus analogique et l’autre plus analytique.

Jocelyn Morisson pendant la conférence à Martigues - Copyright Frédéric Deaudet

Préparez-vous un nouveau livre ?

J.M : Je publie un livre dans la collection « Les aventuriers de l’étrange » chez Dervy, avec Louis Benhedi. C’est le premier volume et il est consacré aux « NDE, expériences de mort imminente ». J’ai également traduit le livre du neurologue québécois Mario Beauregard (The Spiritual Brain) qui paraîtra aux éditions La Maisnie. J’ai par ailleurs finalisé un manuscrit avec Michèle Lazès, ex-danseuse danseuse étoile et chorégraphe, devenue sculptrice après une NDE. Son histoire est passionnante et nous la proposons aux éditeurs... Enfin, je collabore au projet de rédaction d’un manuel de description clinique des expériences extraordinaires avec l’Inrees.

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Interview faite par Internet en Avril 2008

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Pour plus de renseignements : EDITION LES TROIS ORANGERS